Flagrant-délit de brainwashing
Après une discussion avec Esther, la lecture de son billet, de ses commentaires, et du billet de Maître qui-vous-savez, j’ai l’impression fort désagréable d’avoir gobé sans recul le matraquage des médias, alors que j’essaie généralement de faire la part des choses, et que je suis plutôt prompte à m’insurger contre l’anti-catholicisme de principe.
Sans revenir sur ce que j’ai dit dans le précédent billet concernant le fait que je ne trouve pas de légitimité à la hiérarchie religieuse en général, et catholique en particulier, je tiens juste à préciser que les raisons qui m’ont poussée à écrire sont en grande partie infondées. Je reviendrai peut-être plus en détails sur ma position, mais là je n’ai pas beaucoup de temps devant et je voulais juste que ce soit dit. Comme le dit fort justement Raph chez Esther :
Toujours sans être catholique, je trouve que ce déferlement ressemble furieusement à une chasse aux sorcières.
Et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.
24 mars 2009, 13h26 – in Minute oecuménique – Lien
Commentaires
Par Cercamon
Quoi ici aussi ça relativise ?
Allons, allons.
Parler de chasse au sorcière à propos de l’Eglise, c’est assez savoureux.
Mais, je ne suis guère convaincu par l’argumentation. Je trouve que depuis quelque temps l’Eglise donne volontiers dans la victimisation (un peu abusive : critiquée vertement, certes, mais de là à se voir persécutée…) dès qu’elle est en proie au tollé. Bref.
Je regrette mais concernant le préservatif, même la version donnée par Eolas est inadmissible. Et puis le procédé rhétorique est un peu foireux. “C’est pas le préservatif qu’il critique, mais la distribution”. C’est vrai que tout seul le préservatif c’est génial, mais dès qu’on le distribue ça devient une catastrophe…
On reproche aux journaleux (auxquels j’en veut beaucoup en ce moment pour la couverture déplorable du mouvement des chercheurs en ce moment) de pas avoir creusé et foncé dans le simplisme, mais c’est vrai que le pape lui il peut. Il a parfaitement le droit de sortir une vérité de nulle part, ou plutôt d’un sophisme XXL. C’est vrai qu’il a pas besoin de se renseigner auprès des institutions qui se fatiguent à mener des études internationales sur le SIDA (genre http://www.unaids.org/fr/KnowledgeC…) parce que lui, la cohérence interne, ça lui suffit.
Ce qu’on reproche au pape c’est pas d’être incohérent avec lui même, c’est de dire des trucs faux et surtout dangereux à des gens sur lesquels il a une influence. Irresponsable quoi.
Reprocher à la presse de grossir le trait, de donner le sensationnalisme… oui peut-être, mais ça ça n’a pas encore tué qui que ce soit que je sache.
De plus pour la fillette… OK les journalistes n’ont pas relayé la décision rendue… par qui déjà ? Oui c’est vrai que l’affaire n’était pas assez grave pour appeler une déclaration papale. Mais c’est peut-être de la faute des journalistes aussi : le pape avait trop peur qu’ils déforment ses propos, n’est-ce pas ?
Mais au fait, ils ont dit quoi à propos de l’évêque qui a manié le couperet ?
Non je regrette. Il y a des choses très critiquables dans l’attitude de l’église. Donc les raisons qui t’ont fait écrire ton billet d’hier sont parfaitement fondées. Je suis d’accord sur le fait que les journaux ont un peu fait monter la mayonnaise (ça alors ! je ne m’y attendais pas un seul instant ! on m’aurait menti ?) , mais ça ne change rien sur le fond. Sinon, c’est un peu l’excuse facile.
Par Mitternacht
Cercamon > Il y a une chose à laquelle je tiens par dessus tout, c’est mon intégrité intellectuelle, ce qui implique honnêteté et indépendance. Je développerai mon point de vue plus précisément. Je n’ai pas dit que mes raisons étaient infondées, mais qu’elles l’étaient en grande partie. Parce que je faisais référence aux récents événements et que je me suis laissée avoir par les déformations et le matraquage médiatique.
Je veux simplement prendre le temps de réfléchir correctement à tout cela. Sans emballement, et en connaissance de cause. Encore une fois, je ne défends pas le Pape, mais ma propre honnêteté intellectuelle.
Par mirovinben
Cette mise au point t’honore.
Ceci dit et à ta/notre décharge, il est bien difficile d’avoir une info complète de la part des médias traditionnels qui vont au plus pressé, au plus court et ne retiennent que la petite phrase qui fait mouche et qui doit aller dans le sens de leur ligne éditorial. Si on ajoute le goût/obligation de faire du sensationnalisme… Il y a tant de médias instantanés qu’il est bien difficile pour chacun de faire sa place.
D’où mon goût pour la lecture (en léger différé) de “La Vie”, hebdo catho qui, tout en étant plutôt progressiste, sait prendre du recul et le temps de la réflexion.
D’où la nécessité de chercher d’autres sources d’information, d’autres points de vus moins partisans et d’autres référents.
Merci internet. Merci Authueil, Me Eolas, Standblog, Esther, toi… (liste non exhaustive et ratissant large côté centres d’intérêts).
Par Baptiste
Je travaille depuis Septembre pour un mouvement catholique, et c’est assez frappant.
Notre gros problème ce n’est pas nos idées mais notre communication qui est désastreuse… Ajoutons à ça des médias qui aiment s’en donner à cœur joie, et on se retrouve avec des parents qui veulent pas mettre leurs enfants chez ces connards de catholiques…
Il ne tient qu’à nous de communiquer mieux, merci eolas.
Par Brotsch
Arrêtez Baptiste ! Je veux bien croire que l’institution catholique n’a pas une bonne agence de com’ (d’ailleurs, celle où je travaille recherche actuellement des clients), mais n’oubliez pas le biais systématiquement anti-catholique de la majorité des journalistes, tous médias confondus. Entre le bigot ridicule en loden et ses 7 enfants, l’intégriste qui chante des cantiques devant le planning familial ou le curé pédophile, avouez que les figures imposées ne sont guère brillantes.
Les religieux qui tiennent des dispensaires en Afrique pour soigner les malades du vih-sida sont curieusement moins mis en avant.
S’il y a quelque chose à reprocher à Benoît XVI en l’occurence, c’est bien plutôt d’avoir compté sur l’intelligence ou l’honnêteté des journalistes qui l’interrogeaient (vous savez, ce truc où l’on reformule une phrase pour demander à l’interlocuteur si l’on a bien compris ce qu’il disait. Le moindre télé-conseiller en a entendu parler).
Prétendre qu’il ait pu laisser entendre qu’on risquait plus d’attraper le vih-sida en utilisant un préservatif qu’en n’en utilisant pas est absolument crétin, insultant, bas.
Et Éric Mettout donne une idée assez nette (et assez répugnante, je dois l’avouer) de ce qu’est devenu le « journalisme à la française »
http://blogs.lexpress.fr/nouvellefo…
Par Cercamon
Brotsch> “Prétendre qu’il ait pu laisser entendre qu’on risquait plus d’attraper le vih-sida en utilisant un préservatif qu’en n’en utilisant pas est absolument crétin, insultant, bas.”
Qui précisément a tenu de tels propos ? Combien sont-ils ? Il me semble qu’il s’agit là d’un raccourci dans l’autre sens. Ceux qui ont critiqué les propos du pape n’ont pas tous été aussi grossiers (même si certains l’ont à coup sûr été).
C’est ce renversement qui me fait dire que c’était une stratégie. On ne parle plus que de ce que le pape n’a pas dit qui n’a pas été compris par des crétins que l’on a du mal à cerner (qui sont-ils précisément ?).
Car pour ma part les propos qu’il a réellement tenu ne valent pas beaucoup mieux.
La belle unanimité qui se dégage pour relativiser les réactions d’indignation m’encourage à camper sur mes positions. Permettez-moi de vous livrer quelques pensées que cela m’inspire :
“Brainwashing II, le retour”
“Brainwashing contre brainwashing”
“A brainwasher, brainwasher et demi”
“Tel est brainwashé qui croyait avoir été brainwashé”
:-)
Par Mitternacht
Cercamon > à la décharge de Brotsch, je sais que des gens ont effectivement relaté les propos du Pape sous cette forme (le préservatif augmente les risques). C’est débile, ça s’appelle de la diabolisation.
Brotsch > je suis parfaitement d’accord, il a un biais anti-catholique dans la bien-pensance française. Comme tous les biais, ça m’énerve.
À tout le monde > retournons aux faits et réfléchissons chacun de notre côté plutôt que sur le net. Ça urge, là.
Par FrédéricLN
Bonsoir, je suis rare sur ce blog (au temps pour moi) et ma dernière visite date, je crois, de votre précédent billet sur le pape. Il m’avait fait de la peine - parce que je ne pouvais pas vous donner tout à fait tort, et pourtant votre réaction me semblait excessive.
Aussi ça me fait plaisir de lire aujourd’hui ce “Je n’ai pas dit que mes raisons étaient infondées, mais qu’elles l’étaient en grande partie.”
Ça doit être mon côté centriste ;-)