S'il-vous-plaît, inventez vite les avions sans pétrole
On a beau se dire que le XXe siècle et le XXIe sont tout pourris, matérialistes et moches, qu’ils ont fait plein de morts, que c’était mieux avant quand Stendhal écrivait des histoires d’amour sublimes et que Brahms et Mahler enchantaient les salles de concert européennes (moi je me dis ça souvent) pendant que les ouvriers inventaient l’idéal socialiste, c’est pas avec des calèches et des trains à vapeur que je pourrais partir au Japon lundi.1

Je me faisais cette réflexion hier dans le Thalys. C’est quand même un vache de luxe de pouvoir faire Bruxelles-Paris en 1h20 et Paris-Tokyo en 11 heures. Je trouve ça très très court, surtout quand je pense à ce pauvre Phileas Fogg (un grand héros de mon enfance), qui a bien galéré quand même pour faire son tour du monde. Évidemment, un Bruxelles-Paris en TGV ça n’a rien d’exotique ou de palpitant. Le paysage est un peu chiant d’ailleurs. Mais je trouve ça magique de changer de coin aussi rapidement (j’ai souvenir d’un Paris-Avignon en TGV qui m’avait beaucoup choquée, j’avais dormi sur les trois quarts du trajet et j’ai eu un sentiment brutal de téléportation en regardant par la fenêtre). Et puis c’est tellement beau une gare.
Donc, à tous ceux qui attendent fiévreusement l’invention de la téléportation, je dis crotte. Oui évidemment, ce serait plus pratique pour aller voir les gens que j’aime et qui sont loin (très très loin pour une certaine). Mais je n’ai vraiment pas envie d’être privée du plaisir d’attendre un train ou un avion dans un endroit plein de gens qui s’en vont n’importe où faire je sais pas quoi. Quand on va retrouver quelqu’un, l’impatience du dernier quart d’heure de voyage nous met en contact avec toutes les raisons qui nous ont fait prendre ce billet. Quelque soit sa durée, cette attente, cette sorte de transition, c’est le truc indispensable qui fait qu’apercevoir le visage de la personne dans la foule à l’arrivée après des semaines ou des mois (ou quelques dizaines d’heures, hein, des fois ça suffit) porte une joie sans limites.
1. [Note pour les écologistes] Les transports, c’est une horreur, ça pollue la couche d’ozone et ça fait des trous dans la serre, ça tue les oiseaux mais pas trop les chats et à cause de ça non seulement y a plus de saison, mais en plus les légumes de maintenant ils ont vraiment plus aucun goût, sauf si tu vas sur les marchés dans le Sud, ça n’a rien à voir, ouais grave).
12 septembre 2008, 10h10 – in Rétif à tout classement – Lien
Commentaires
Par giz404
La téléportation, ça tuerait effectivement le plaisir du voyage.
On ne peut pas se plaindre : à l'heure actuelle, en environ 2 à 3 jours, on peut se rendre n'importe où dans le monde...
Par Pierre
Enfin !... 11 heures d'avion dans un engin qui vrombit en permanence, où tu es assis dans un espace contigu et où tu n'as pas grand'chose à faire à part écouter des radios qui passent en boucle la même musique, ce n'est quand même pas fantasmagorique, surtout quand la nuit tombe et que les gentilles hôtesses baissent les volets des hublots.
En plus, je trouve ça super stressant de prendre l'avion, parce qu'il faut y être trois heures avant le départ, parce que jusqu'au dernier moment tu te demandes si tu as bien pensé à tout, si on va pas te jeter parce que tu as osé emporter une bouteille de pinard, etc. (oui, quand je prends l'avion c'est aussi pour aller à l'autre bout du monde, et pour longtemps en plus, alors...).
Par contre... voir les points lumineux au sol qui correspondent à des lampadaires, des voitures, des avenues, des bateaux perdus au milieu d'un lac perdu au milieu d'une plaine perdu au milieu d'un pays dont tu ignores le nom... voir le soleil se lever au-dessus des nuages avec toute la ribambelle de couleurs qu'il étale dans le ciel... flotter au-dessus d'un océan de nuages, au soleil, en se disant qu'en-dessous il fait moche... c'est un peu magique !
Par kerdekel
J'ai la trouille en avion. Je trouve pas ça terrible magique du coup. Ou alors une magie trèèèèès effrayante même si c'est vrai que c'est joli la-haut.
Sinon, il y avait pas Virgin qui était pas loin de trouver (voir avait déjà expérimenté) un bio-carburant pour ses avions (il me semble avoir lu ça quelque part)? Bon, c'est sur, les bio-carburants, c'est pas terrible mais c'est tjs un peu mieux que le pétrole et 2, ça montre qu'on peut faire rouler/voler un avion à autre chose, donc que les progrès à faire sont possibles.
Dans le futur, les gens auront des vaisseaux qui voleront grâce à de la matière noire, pondue par adorable petit animal à trois yeux, le voyage se fera en un instant. :)
Bon voyage sinon. Te fais pas dévorer. :)
@giz: la téléportation, si y'avait que le plaisir du voyage que ça risquait de tuer... ^^ Je serai toi, je m'inquieterai pour le téléporté. ;)
Par Cercamon
Pour ma part, je trouve le train (même le TGV) infiniment plus romantique que l'avion. Ca tient en fait beaucoup à l'ambiance dans les gares, qui contraste pas mal avec celle des aéroport. Dans ces derniers tu es prix dans un flux (check-in, sécurité...) rationalisé et donc un peu aseptisé. Dans les gare ça rentre et ça sort dans tout les sens, ça cherche son train, ça cherche son quai, ça siffle, ça oublie de composter, ça cherche sa voiture, ça re-rentre, ça re-sort... et puis il y a ces rails que tu vois partir loin... dans le train y a un sacré potentiel symbolique je trouve.
Nan, aller au Japon via transsibérien ça doit être un sacré trip ;)
Par Pierre
@Cercamon : heu oui, mais pour aller à Londres, il y a un check-in aussi, et une sécurité aussi. Certes, c'est moins flippant qu'à l'aéroport mais c'est quand même la même chose : tu quittes un pays pour rentrer dans un autre, alors tu dois montrer patte blanche.
Et puis bon, la gare du Nord, quand tu l'as faite en long, en large et en travers pendant 5 ans (en particulier du côté "métro-banlieue"), tu la trouves nettement moins romantique :)
Par Mitternacht
Cercamon > Tout à fait d'accord avec toi. Je préfère aussi les gares aux aéroports, mais ces derniers ont quand même un charme qu'on ne peut pas leur enlever : les panneaux qui annoncent en permanence des départs à l'autre bout du monde, et qui donnent envie de dire "Je laisse tomber Perpignan et je vais à Djakarta plutôt".
Par Louisa Markova
Oui, je suis bien d'accord avec ça, le plaisir d'être entre deux mondes et d'être en soi. Cela dit, il y a tout de même deux petites choses à compléter :
- le train, c'est bien et c'est le moins polluant. l'avion est une vraie merde de ce point de vue. si on pouvait remplacer l'avion par la téléportation ? franchement, je crois qu'il vaut mieux éviter l'avion autant que possible. et puis moi ça me fait vomir, mais bon, je vomis facilement.
- la téléportation c'est bien aussi, ça fait wooof, des chatouilles, c'est marrant, c'est peut-être même le seul plaisir qui dure sur sl. et puis c'est la fuite, aussi, la fuite c'est mieux que la bagarre. tu as un con en face de toi, wooof, plus de con et ça ne fait même pas mal.
Mais sinon oui, super les moments de voyage, entre deux destinations jamais définitives, j'aime aussi. Et aussi voir les gens, les profils, les regards, tous ces gens entre les gens qui ne regardent pas les gens et regardent en eux, moi j'adore.
Par Lledelwin
Les aéroports, ça devait être fantastique quand on pouvait aller sur les toits des aéroports pour regarder décoller les avions.
Maintenant, c'est plus possible, c'est limite si on peut voyager avec autre chose qu'une chemise d'hosto sur le dos, pour qu'on soit assuré que personne ne tentera d'étrangler le pilote avec sa ceinture ou qu'aucune crise cardiaque ne sera provoquée par une t-shirt avec "explicit design"...
...Oui, la dernière fois que j'ai pris l'avion, j'ai échoppé du ticket gagnant, celui qui te vaut une fouille complète à chaque changement de salle d'embarquement (et j'avais des pompes m'arrivant sous le genoux, lacées), les employés d'aéroports semblaient avoir été recrutés dans une prison soviétique, j'ai été tentée de prendre le train pour le voyage du retour mais la ligne Quebec-Bruxelles est encore assez expérimentale...