Un milliard trois cent millions

La République populaire de Chine est un pays potentiellement aussi puissant qu’il est grand. C’est la première fois dans notre histoire moderne que le nombre fait à ce point la force (1). Là, ils nous font les Jeux Olympiques, et ils sont bien décidés à nous montrer qu’effectivement, ils sont plein, ils sont forts, et ils ont très envie de gagner, le tout à la Chinoise.

D’un autre côté, nous avons une tripotée de pays occidentaux qui sont partagés entre faire des affaires avec le nouveau Géant et faire attention quand même parce qu’il ne faut pas se faire piquer la place de Numéro 1. Dans ces pays occidentaux, des gens qui n’ont pas d’intérêts économiques en Chine (genre vous, moi, et 95% des Occidentaux) voient plutôt que les méthodes du gouvernement chinois craignent un max : censure, peine de mort, prisonniers politiques, anéantissement de la culture tibétaine, etc. Ces deux problématiques ne sont jamais abordées ensemble, et ce n’est pas les tentatives de ventes d’airbus à la Chine qui me contrediront.

Jusqu’ici, on est d’accord. Mais ça ne va pas durer, j’en ai bien peur. La Chine dépasse nos conceptions dans tellement d’aspects que j’entends depuis plus de deux ans des litanies de lieux communs et de préjugés sur les Chinois, et ça me met quand même pas mal hors de moi, je dois l’avouer. En effet, j’ai l’impression que tout le monde interprète la Chine à l’aune de son régime actuel, ce qui n’est pas très sympa pour ces 1 300 000 000 Chinois qui ont chacun leur vie, leur personnalité et leur point de vue.

Petit rappel en chiffres

La Chine c’est, entre autres :

  • 1 300 000 000 habitants
  • 56 ethnies
  • 6000 ans d’histoire
  • 1 pays

Je pense que déjà, là, on a de bonnes raisons d’adopter la « Wait and see » attitude. Pour comprendre la Chine, il va falloir un peu plus qu’un Envoyé Spécial sur les usines de jouets qui empoisonnent les enfants et les acrobates des cirques arrachés à leur parents dans les campagnes à l’âge de 4 ans. Nous ne savons pas ce que deviendrait un pays occidental de plus d’un milliard d’habitants. Aucun pays d’Europe ou d’Amérique n’a réussi à réconcilier 56 ethnies. Quant à l’histoire, ben la Chine commençait à être la Chine à l’heure où nous sortions du néolithique.

Top 5 des préjugés les plus tendances sur les Chinois

Car non, tout ce que nous voyons de la Chine n’est pas le pur produit des manipulations du Parti, c’est aussi le fruit d’une culture extrêmement riche et différente de la nôtre.

Les Chinois sont lavés du cerveau par le Parti

Non. Faut pas les prendre pour des imbéciles. On a tendance à se dire qu’il y a une poignée de valeureux dissidents et un océan de victimes. Erreur. Je suppose qu’il y a une grosse majorité de Chinois qui s’en fout un peu. Une grosse majorité de gens qui vit correctement. À part chez les éclairés, sachez que c’est la faim qui aiguise la conscience politique.

« Oui mais à la télé les gens ils arrêtent pas de dire qu’ils sont heureux grâce au Parti ! » C’est la télé mes enfants. Ça veut dire que le journaliste, qui a un truc à démontrer, a fait son boulot comme d’habitude : il a posé des questions complètement biaisées, a soigneusement sélectionné les témoignages, et a fait le doublage avec quatre mots de vocabulaire. Sachez aussi que les Chinois ne sont pas fous, ils vont pas dire que Hu Jintao sent des pieds à la télé. Y a la peine de mort dans ce pays.

Enfin, si vous habitiez dans un pays où un Parti s’occupe de tout depuis que vous êtes gosse, et que finalement, pour votre nombril, ça a plutôt bien marché, peut-être que vous le trouveriez bien, ce Parti.

Bouh t’as vu tous ces enfants dans la Cérémonie d’ouverture ? Ils les enrôlent tout petits !

Oui, il y avait plein d’enfants dans la Cérémonie d’ouverture des JO. Mention spéciale à la petite fille qui accompagnait le pianiste Liang Liang et qui se curait le nez avec un grand sourire à chaque fois que la caméra la regardait (il ne semble pas qu’elle ait été fusillée pour ça).

Il faut savoir que dans beaucoup de cultures asiatiques, l’enfant n’est pas considéré comme chez nous. Allez au Japon, c’est la même chose. L’enfant est un symbole fort d’avenir et de renouveau. Il appartient déjà à la société, alors que chez nous il relève uniquement de la sphère familiale jusqu’à ce qu’il trouve un travail, environ. En Chine et au Japon (ailleurs dans le monde aussi, hein), il n’est pas rare que trois générations vivent dans la même maison. Le lien entre les générations est une chose fondamentale pour ces cultures, ce qui n’est d’ailleurs certainement pas étranger à la pérennité de la Chine. Donc on ne cache pas les enfants, on les montre, parce qu’on y croit.

Ils disent qu’ils sont communistes, mais ils sont bien contents de devenir très riches

On a dit « communistes », pas « franciscains ». En Chine, comme dans tous les pays du monde, il y a des gens qui aiment passer 15 heures par jour à remplir un compte en banque. Ils ont le droit depuis peu, ils en profitent, rien de scandaleux. Pour ceux qui cherchent le communisme, vous le trouverez dans le contrôle de l’économie par l’État et dans la notion très spéciale que la Chine a de la propriété privée. c’est assez convaincant.

Notez que cette phrase pleine d’aigreur est une spécialité américaine. La Chine se développe à vitesse grand V en appliquant les méthodes de là-bas, et ils sont en train de les griller. Je vous rappelle que les États-Unis n’ont jamais complètement terminé la Guerre froide et que le communisme c’est pire qu’une MST chez eux.

Dans les campagnes, les Chinois sont très pauvres et très malheureux

La pauvreté est une notion relative. Elle dépend de tout un tas de facteurs et de critères subjectifs. Pour la grande majorité des habitants de cette planète, on cesse d’être pauvre dès qu’on a un toit sur la tête et une assiette pleine pour chaque membre de la famille, et qu’on se dit que demain ce sera la même chose.

Effectivement, un paysan chinois serait dans la misère en France, parce que les sociétés de consommation sont ainsi faites qu’elles rendent la vie impossible à ceux qui en sont exclus. Dans d’autres pays du monde, on peut joindre les deux bouts sans fioritures, sans pour autant que la précarité nous guette. Et quand on est libéré de la peur de la précarité, on peut se consacrer à plein d’autres choses purement culturelles qui rendent la vie agréable.

Attention, je ne suis pas en train de dire qu’il n’y pas de pauvres en Chine, juste de rajuster une perception. J’ai vu plusieurs fois dans des reportages sur la Chine ce genre d’échange :
— Non, on s’en sort bien, notre fille va partir faire ses études, on a une maison confortable et l’année dernière on s’est acheté une télé.
— Oui mais quand même, vous seriez plus heureux si vous étiez plus riche, non ?
Et oui, beaucoup de gens ne se considèrent pas pauvres même s’ils n’ont pas accès à tout ce qui compose pour nous le confort moderne. Enfin, sachez que d’après les statistiques officielles :

La population dans le dénuement le plus complet a réduit de 250 millions à 26 millions durant la période de 1978 à 2004.
Les pauvres dans les régions rurales représentaient 3,1% de la population totale rurale du pays en 2004, contre 30,7% en 1978.

Pour arriver à ça, il faut une discipline militaire

Par exemple, en parlant des acrobates des cirques, des gymnastes et des patineurs artistiques. C’est marrant, quand il s’agit de nos gymnastes à nous, on dit discipline de fer avec de l’admiration dans la voix. Dès qu’il s’agit de la Chine ou d’un pays pas démocratique, on fait tout de suite le rapprochement avec l’armée. Je rappelle, encore une fois, que les entraîneurs et les sportifs sont les mêmes êtres humains partout dans le monde : les pays non démocratiques n’ont pas le privilège du sadisme et de l’esprit de sacrifice. Si les Chinois gagnent autant de médailles et sont aussi doués pour les pirouettes, c’est parce qu’ils sont très très nombreux, et que nous ne voyons que la crème de la crème. Pour des raisons de proportion, la crème chinoise est plus nombreuse que celle d’autres pays dans leurs disciplines favorites (hop, je te recase le facteur culturel, l’art du cirque en Chine ne date pas de Mao).

Et là encore, les perceptions sont biaisées. On est mal à l’aise devant les fillettes en justaucorps ou devant la synchronisation parfaite des figurants de la Cérémonie des JO. Mais devant l’Opéra de Pékin, on s’émerveille. Alors que la discipline nécessaire pour arriver à un tel niveau de maîtrise est la même. Et c’est la même aussi à l’Opéra de Paris et au Bolchoï. Pour faire sautiller 42 nénettes sur un pied les bras en l’air en parfaite synchronisation, il faut une méchante discipline, et je vous promets que les petits rats ne rigolent pas (ils ont mal et ils pleurent).

En conclusion

J’espère que vous avez bien saisi que je parlais des Chinois, là. Les gens. Ce sont eux qui m’intéressent. Pour ce qui est du gouvernement, j’espère et je pense que les choses vont s’apaiser et progresser avec le temps (moi aussi j’aimerais bien que ça se fasse après-demain par exemple). C’est une question de rythme. Parce que nous vivons aujourd’hui sous un régime démocratique (bancal et vérolé, mais c’est un secret), nous oublions que la démocratie française a mis cent ans à s’installer, et que son histoire est entrecoupée de périodes peu reluisantes du point de vue des droits de l’homme. On pense aux prisonniers politiques, mais que faisons-nous des quotas d’expulsion des sans-papiers et des camps de rétention ? Avons-nous oublié que les patois avaient été interdits en France, les Bretons obligés d’oublier leur langue ? Qu’il y a eu la Terreur, trois monarchies, deux empires et un Vichy entre la Révolution et la Cinquième ? Nous sommes prompts à juger selon des critères inapplicables sans même prendre le temps de balayer devant notre porte.

Oui, le régime chinois est une dictature. Mais ce que je vois, c’est que petit à petit, les choses se mettent en place pour rendre cette dictature caduque. Le développement et l’ouverture de la Chine sont les garants de son évolution politique. Notre propre histoire nous montre que la démocratie s’acquiert avec le temps, et pas sous les pressions extérieures : le boycott est totalement contre-productif. Les Chinois sont surtout en train de nous prouver qu’ils savent ce qu’ils veulent et qu’ils sont fichtrement têtus. Faisons-leur confiance pour obtenir ce à quoi ils ont droit, un régime libre et démocratique.

  1. Pour la Russie au siècle dernier, ce n’est pas une question de nombre, c’est une question de méthode. 20 millions de morts, entre autres. En dépit de ses efforts, Hu Jintao est très loin du compte, surtout si on compare en ratios plutôt qu’en termes absolus. Quant aux Américains, c’est pas le nombre, c’est le pétrole, c’est tout.

Commentaires

1. Pierre, le 10 août 2008

Whaou. Fabuleux décorticage !

À propos de la discipline « de fer », c'est Liang Liang justement qui disait il y a quelques jours sur Arte qu'il était très surpris de la différence de motivation entre les Chinois et les Occidentaux chez qui il allait faire des master-classes, toutes proportions gardées.

Et puis même, souvenez-vous : quand vous voyez un mec jouer du piano/faire des acrobaties/danser la tektonik comme un Dieu (rayez les mentions inutiles), il n'y a pas de mystère : c'est de l'entraînement, et rien d'autre.

Tiens, je vais faire une petite digression : quand on parle de Jazz, on cite Charlie Parker avec un trémolo dans la voix. « Il avait un don, ce saxophoniste, c'était inné, blablabla ». Pourtant, dans une interview, Charlie Parker lui-même a avoué qu'à un moment de sa vie, il s'est enfermé chez lui pendant plus de trois ans, et qu'il s'entraînait entre 11 et 15 heures par jour. Humpf. Un don, vous dites ? ou plutôt beaucoup d'entraînement, de motivation... et de discipline ?

Merci pour cet article, Mitt.

2. mirovinben, le 10 août 2008

Merci aussi...

Belle analyse, belle synthèse. Correspond bien à ce que je ressens et perçois de ce grand pays et de ses habitants.

3. Guillaume, le 10 août 2008

Super article!
Je ne suis simplement pas d'accord pour la conclusion : "Faisons-leur confiance pour obtenir ce à quoi ils ont droit, un régime libre et démocratique.". Je ne suis définitivement pas convaincu que la démocratie soit le régime supérieur par excellence. Je ne suis pas non plus convaincu qu'une dictature est forcément mauvaise.

La dictature chinoise par exemple, est le pilier de l'économie à vitesse grand V. En plus, si tu imposes une démocratie dans un pays qui n'a jamais connu la démocratie, c'est l'échec assuré. Dans les campagnes, des tas de paysans refusent d'envoyer leur gamin à l'école parce qu'ils en voient pas l'intérêt et que ça va pas les aider à mieux labourer un champ. Comment donner le droit de vote à des personnes qui n'ont pas l'éducation nécessaire pour avoir une vision globale du pays et mieux encore de la planète ? Admettons que tout le monde soit éduqué, comme en France. En occident, on est fiers de notre démocratie, de notre liberté. Ce que tout le monde ignore, c'est qu'on vit cent fois plus libre en Chine qu'en France. La liberté c'est pas le fait de pouvoir dire que notre président sent des pieds à la télé. Ça c'est de la poudre aux yeux pour faire passer la pilule. La liberté c'est le confort de vie. Quand ton président oeuvre pour l'élévation du peuple, comme il le fait en Chine dans toutes ses actions, tout étant pensé dans le seul intérêt du peuple, alors ton confort de vie s'améliore de jour en jour. Bien sûr t'es condamné à la peine de mort si tu as tué quelqu'un, mais ça pour un chinois c'est normal et je n'ai pas grand chose à redire à ça. Par contre si ton président oeuvre pour l'élévation des riches et l'écrasement des pauvres, pour éviter les conflits avec les autres pays plutôt que pour défendre les intérêts des gens qui l'ont élu en majorité, comme il le fait en France, je ne crois pas que mon confort de vie s'améliorera. D'ailleurs y'a qu'à voir l'évolution économique de la France, c'est un peu une catastrophe.

Le nationalisme chinois ne vient effectivement pas de leur lobotomie par le gouvernement, mais par un constat édifiant : leur pays est paradisiaque.

4. Mitternacht, le 10 août 2008

Guillaume > les dirigeants chinois ne pensent qu'au bien-être du peuple, oui oui... tu veux l'historique des affaires de corruption ? Le confort de vie, comme tu l'appelles, n'a rien à voir avec la liberté. Au contraire, c'est le meilleur moyen de faire passer la pilule du totalitarisme (cf. les lois sécuritaires post-onze septembre).

Certes, peu de Chinois connaissent la faim. Mais les opposants au Parti sont emprisonnés voire exécutés. Ça n'a rien de paradisiaque.

Et quelles que soient les raisons données, la peine de mort, c'est mal.

5. Guillaume, le 10 août 2008

En France, si tu t'opposes au pouvoir en place, que ce soit sur internet en insitant à la révolution, dans des champs de maïs ou dans une mairie en célébrant un mariage homosexuel, tu te retrouves en taule, sans job ou censuré, au choix.
En Chine, quand tu t'opposes au pouvoir en place en insitant à la révolution démocratique, tu te retrouves en taule et tu es censuré.
La différence n'est pas franchement flagrante.

La démocratie est loin d'être le meilleur système politique, c'est juste un système qui a ses avantages et ses inconvénients, tout comme un système totalitariste. A ne pas confondre avec tyranie. La Chine n'a rien d'une tyranie.
Ce qu'on te fait croire, en démocratie, c'est que tu as le contrôle. Tu peux aller dans la rue pour gueuler des conneries, tu peux bloquer des trains pendant des semaines, tu peux faire un blog anti-Sarkozy, tu peux mettre un nom dans une urne une fois l'an pour te sentir responsable et adulte. Mais au final, la seule chose que tu obtiens réellement, c'est une perte de temps affligeante et un sentiment illégitime de liberté.
En dictature chinoise, on te laisse pas décider. Tu sais pertinemment que tu ne contrôle rien et que c'est vain et dangereux de t'opposer au pouvoir. D'ailleurs, les raisons pour s'y opposer sont très rares. La corruption ? La Chine entière fonctionne par réseau social et commissions. Appeler ça de la corruption reviendrait à condamner le peuple entier. Les grandes affaires de la campagne anti-corruption n'ont été que règlements de compte entre hommes de pouvoir et vitrine pour l'occident. Personne n'est dupe.

Bref, les opposants politiques qui sont emprisonnés, j'ai envie de dire que ça suit la logique du système. En démocratie essaye donc de tenter un coup d'état à nature totalitaire. Tu te retrouveras en taule de la même façon. En dictature, tu fais pas le con avec ce genre de chose, et personne ne fait le con à part une poignée de gens qu'en occident on considère comme des héros.

La peine de mort, c'est mal pour le pays qui se revendique "pays des droits de l'homme". Mais les chinois, ils n'en n'ont rien à foutre des droits de l'homme. Dans leur culture, si tu prends la vie de quelqu'un, tu mérites qu'on t'enlève la tienne. Bon, et bien, pourquoi pas. C'est super colonisateur de vouloir à tout prix vouloir importer "les valeurs qui sont les nôtres" comme dit Sarko dans les pays qui sont pas comme nous. La France n'a absolument RIEN à apprendre à la Chine. Par contre elle a beaucoup à apprendre d'elle. Mais on est trop arrogants pour s'en rendre compte.

6. Araignée, le 10 août 2008

Sinon, j'ai trouvé un blog bien sur la Chine : http://chine.blog.lemonde.fr/

Ça donne un aperçu de la vie en Chine vue de l'intérieur, avec en plus de belles photos.

7. Araignée, le 10 août 2008

Guillaume > Il y a une petite différence entre te retrouver au bout d'une corde pour avoir critiqué le pouvoir en place et faire trois mois de taule pour avoir détruit le bien d'autrui. Et comparer la censure en France et la censure en Chine, permets-moi de rigoler - regarde ici: http://chine.blog.lemonde.fr/2008/0...

Quant à la peine de mort, mettre ça sur le compte des différences culturelles, là je sais plus si je dois rire ou pleurer - mais je me demande si t'es pas un fake, en fait :)

8. Guillaume, le 10 août 2008

Je n'ai jamais entendu parler de dissidents envoyés au bûcher pour avoir critiqué le pouvoir. Je crois que vous ne savez pas de quoi vous parlez...
Déjà pour aller en taule, faut en vouloir : premièrement on te censure en te faisant savoir que t'as pas le droit de raconter de telles conneries, en cas de récidive tu te prends 15 jours de garde à vue chez les flics et encore en cas de récidive là tu te prends quelques années de taule comme pour notre ami Hu Jia.
Mais bon, la peine de mort pour ça, faut pas exagérer. Encore une fois le gouvernement chinois n'est pas une tyranie.

9. Araignée, le 11 août 2008

Mmmh, oui, j'ai sans doute un peu exagéré :)

Mais vous (je reprends le vous, du coup) ne répondez pas sur le fond.

"premièrement on te censure en te faisant savoir que t'as pas le droit de raconter de telles conneries" > donc, toute critique que je pourrais formuler serait a priori une connerie. Je vois l'esprit.

10. esther, le 11 août 2008

J'entends parfois sur la Chine des propos qui feraient scandale s'il étaient prononcés à l'encontre d'autres pays ou communautés plus "proches" de nous (entendez de carnation plus rose, et de cheveux plus clairs). La capacité d'empathie s'amenuise à mesure que l'autre devient différent. Tout est relatif sur ce point, et bien sûr, la capacité d'empathie des Chinois à l'égard des occidentaux doit être à peu près comparable à la nôtre envers eux.

Plus une communauté engrange différences culturelles, linguistiques et, faut pas se le cacher, physiques, moins on arrive à analyser sa situation de manière intelligente, et surtout, plus on arrive à faire passer un discours orienté destiné à manipuler l'opinion en sa défaveur comme une lettre à la poste.

De toute façon, l'Occident doit revoir sa façon d'envisager l'Orient. J'en ai marre de voir dans des livres d'Histoire de l'Art, des choses aussi absurdes que : "Un petit groupe de peintres dissidents inventèrent l'art moderne en s'inspirant des estampes japonaises." Bien entendu, les estampes, elles, ne s'incrivaient pas du tout dans l'Histoire de l'Art, mais nous, occidentaux, avons su en retirer la substantifique moelle et révéler le potentiel de nouveauté qu'elles recelaient. Et puis, le "Genji Monogatari" écrit par une femme entre la fin du Xème siècle et le début du XIème, montre bien que nous avons inventé le roman... Quant aux 6000 ans de l'histoire chinoise, c'est curieux, on n'en parle que très peu. On préfère parler d'Egypte et de Mésopotamie, sans doute parce que tout ça n'a pas duré et s'est éteint il y a déjà un bon moment déjà, alors que la Chine, elle... est difficile à récupérer. Et ce que l'Occident ne peut pas récupérer à son avantage, il le nie la plupart du temps, car cela mettrait en péril l'hégémonie de ses valeurs au sein de la communauté internationale.

Les médias occidentaux ignorent complètement les pays asiatiques, au-delà des questions économiques, alors que curieusement, les asiatiques semblent connaître très bien l'actualité de l'Occident. Je me demande s'il est très sain d'occulter la réalité culturelle de plus d'un quart des habitants de notre planète. Mais bon, de cette manière, il est si simple ensuite de les faire passer pour des fourmis lobotomisées, privées de tout discernement, et écrasées sous le joug de leur travail. On peut ainsi faire passer pour de l'empathie le fait de montrer combien ils sont pauvres, et comment la faim les poussent à vendre leur progéniture à des entraîneurs sans scrupules qui martyrisent les enfants pour les faire se plier dans tous les sens. On peut ensuite mater nos films avec les lecteurs DVD qu'ils ont fabriqués pour nous l'âme en paix.

Chère Mitt, je suis parfaitement d'accord avec toi, mais ça, tu le sais déjà.

Quand à Guillaume, je suis parfaitement pas d'accord avec lui, et moi aussi je crie au fake, parce que là, tout de même, euh, hein...

11. Guillaume, le 11 août 2008

Je disais "vous" parce que Mitternacht avait fait la même allusion que toi.

Et je disais "conneries" dans le sens de "choses". Encore qu'aux yeux du gouvernement, ça pourrait bien être dans le sens de "conneries" en fait...
Mais prends le cas de Hu Jia. Il commence par tenter de répandre la peur avec les chiffres réels des personnes infectées par le sida, que le gouvernement a soigneusement caché. Ce dernier n'est pas abject, il ne cherche pas à lobotomiser la population, il cherche à protéger. Cacher les chiffres, c'est protéger non seulement la population atteinte du sida pour éviter que tout le monde ne les montre du doigt, et pour protéger les autres habitants du sentiment de peur que les chiffres réels pourraient provoquer.
Ensuite, Hu Jia va faire son cake place Tiananmen pour commémorer le massacre et la mort de Zhao Ziyang. Le truc, c'est que le gouvernement est tout sauf fier de ce massacre et que les chinois s'en foutent complètement pour la plupart (toutes générations confondues). Inutile et dévalorisant, donc.
Et puis ce gros malin tisse des liens avec toutes sortes d'associations étrangères hostiles au gouvernement. Et touche probablement des pots de vins de celles-ci : il se paye un appart à Pékin, passe des tas de coups de téléphone à l'étranger, vis tranquillos avec sa femme et ses gosses. Et n'a pas travaillé depuis des années.

Bref, tu m'etonnes qu'il se retrouve en taule.

Sur cette page : http://bbs.tiexue.net/post_2693645_... en chinois et que google traduit très mal en anglais malheureusement, des tas de chinois réagissent pour ou contre Hu Jia. Librement. Sans risquer de se faire emprisonner. Et beaucoup disent qu'ils n'en ont rien à foutre des droits de l'homme, que c'est une vision occidentale de la vie, que la Chine est un pays traditionnel, qu'ils ne veulent pas vivre à l'occidentale, qu'ils leur suffit amplement de pouvoir manger 3 repas par jours et dans un pays en paix, et que si démocratie et droits de l'homme riment avec CNN, alors ils sont bien content d'être sous dictature.

Pour en revenir à la peine de mort, fais un sondage, tu auras sans doute 99% de chinois qui seront pour.

12. kerdekel, le 11 août 2008

Tiens c'est marrant, j'ai eu le même style de réaction ce week-end en entendant des "je boycotte la Chine". Avec plein de termes en commun (balayage porte, tout ça).

J'ai du mal avec la notion de boycotter un peuple. On peut prendre l'exemple de la Chine (mais ça marche avec Cuba aussi hein), j'ai ce sentiment que les classes dirigeantes vérouillent vachement le pays. Bon. Bah le boycott ne ferai que rajouter à cette "fermeture". Je vois pas comment ça peut faire avancer les choses, de se fermer, et dans les deux sens donc.
(Désolée je suis pas forcément très claire)

Je suis entièrement d'accord avec le wait and see, tout ça. Encore plus que je ne l'étais déjà depuis que j'ai vu Balzac et la petite tailleuse chinoise sur Arté cette semaine.
La Révolution culturelle était déjà une évolution en soi, et depuis, il semble que ça ait encore beaucoup changé.

Et pour en revenir au balayage (attation, séquence émotion, 3615 mylife), quand j'étais en 6ème ou 5ème, j'étais dans un gymnase on ne peut plus classique. Pendant les étirements, on était TENU de faire le grand écart, avec profs de gym nous appuyant sur le dos si on arrivait pas en bas. Je peux vous dire que ça fait bien mal (j'avais pas encore repris le judo et j'étais pas une des plus souples). Je dis ça parceque moi aussi j'ai vu le reportage "formation de champion" où on voit le forcing sur les mômes. Ce qu'il oublie de dire c'est qu'on voit le même genre de trucs ailleurs (démocratie ou pas), dont la France, et j'en ai fait les frais (et c'est marrant ma passion pour la gym s'est amoindri très vite...).

@esther: je sais pas où t'as fait de l'histoire de l'art mais t'as pas eu de bol. J'ai fait un Deug d'HDA (et archéologie) et on avait de l'art asiatique, au même titre que de l'art africain ou de l'art égyptien, ou même encore de l'art contemporain. Notre prof était d'ailleurs fabuleux, et nous a fait crapahuter des heures et des heures à Guimet, c'était vraiment génial. J'ai même mes objets préférés dans le musée (Mauriz pourra te le confirmer, il a du se farcir tous mes commentaires et crapahut ^^). Et effectivement, culture très avancée. L'exemple qui me vient toujours en tête, c'est les poteries longshan (coquille d'oeuf) avant même que ne soit construites les premières pyramides -ancien Empire- (je parle même pas du reste de l'Europe). Mais maintenant j'ai aussi, l'arbalète (vu à l'expo sur les soldats de Qin) qui a même surpris Mat au vu de la date. Elle avait des siècles d'avance sur la notre.
(Il faut plus que j'en parle ou je vais pas m'arreter sinon).

(Pour la synchro, quand j'ai parlé de robots, je l'aurai dit pour d'autres nationalités au fait. Et ça me fascine -dans le bon sens- au passage, parceque je n'ose imaginer le boulot derrière pour en arriver là. C'était donc plutôt un compliment, c'était pas du tout péjoratif)

13. Bix, le 11 août 2008

Ouah, le Guillaume, on dirait un agent envoyé par l'ambassade de Chine. "Pays paradisiaque" : les Tibétains, les Ouïghours, les Mongols, les centaines de millions d'immigrés intérieurs, les habitants des villes ravagées par la pollution de l'air, les victimes de la corruption des gouverneurs, les malades niés du sida... pensent sûrement comme toi.

Mitt, je trouve ton texte bien équilibré et je suis presque d'accord. Néanmoins, 56 ethnies ne cohabitent pas dans la félicité en Chine. D'après ce que j'ai lu/vu/entendu, les Han ont colonisés une bonne partie des territoires du pays actuel. Une carte publiée par l'excellent blog "Strange Maps" donne une idée du cœur de la Chine : http://strangemaps.wordpress.com/20...
C'est aussi complexe que les rapports de la France avec ses colonies au début du 20è siècle, avec son lot d'idiots utiles, de collabos, de marais évidemment majoritaire qui ne cherche qu'à vivre convenablement, etc. et les militants indépendantistes démocrates ou violents, qui se battent contre les militants seulement autonomistes.

Du coup je sais pas comment conclure mon long commentaire, si ce n'est en disant que comme d'hab', il faut différencier la population de ses dirigeants, sans oublier que les dirigeants sont soutenus par une partie de la dite population (au moins une partie des privilégiés qui tiennent les capitaux).

14. Mitternacht, le 11 août 2008

Araignée > merci pour le lien, il a l'air chouette ce blog. Après, rire ou pleurer... moi j'ai arrêté de lire :)

Esther > avec sa manie de plaquer ses concepts locaux sur ce qu'il ne comprend pas, l'Occident est complètement largué quand il s'agit de l'Asie, et préfère ignorer que d'assumer un potentiel complexe d'infériorité.

Kerdekel > tout à fait d'accord avec toi au sujet du boycott. Et pour les maltraitances de gymnase, il y a fort longtemps j'ai fait de la danse classique. Ma mère a très vite compris que je refusais totalement qu'une personne m'impose de me faire mal (en sachant très bien que ça faisait mal) et m'a dispensée de ces cours idiots.

Bix > Merci pour les précisions concernant les conflits inter-ethniques en Chine - et pour ta conclusion pleine de bon sens. Je pense quand même que le gouvernement est non seulement soutenu par ceux qui détiennent les capitaux, mais aussi par ceux qui se sentent redevables de ce qu'il a fait (parce que quand même, il fut un temps où on avait bien plus faim que ça en Chine), et qui n'ont pas à en subir les aspects négatifs. Comme la majorité des gens en général se fichent pas mal des grandes idées tant que ça va pour eux, il doit y en avoir pas mal.

15. Guillaume, le 11 août 2008

Bix:
Sais-tu que la dynastie Yuan avait à sa tête un empereur Mongol et dont l'empire s'étendait bien au delà de la Chine qu'on connait aujourd'hui ? Et oh surprise, le Tibet faisait également partie de cette Chine !

C'est un peu comme si tu disais que la France était outrageusement colonisée par les Francs, les Huns, les Germains et compagnie.

Tu sais en France et en Espagne y'a une région qui s'appelle les Pays Basques, avec un groupe séparatiste appelé l'ETA. Tu sais hein. Des terroristes. Que l'Etat Français condamne en tant que tel, hein. Est-ce que Hu Jintao vient faire chier Sarkozy pour qu'on rende l'indépendance à cette région rebelle ?

En France on a tendance à vouloir contrôler le monde, les trucs qui nous regardent pas et dont on ne connait rien (puisqu'on a tous vu / lu / entendu des informations biaisées à la sauce démocratique occidentale bien pensante).

S'il vous plaît, vous tous là, qui semblez comprendre un peu mieux la Chine que la plupart des gens, ne tombez pas AUSSI dans le piège facile de la propagande occidentale.

16. Al Katib, le 11 août 2008

@kerdekel,
et j'ajouterai même que faire un HdA et confondre les fontaines Wallace avec l'Art Nouveau, c'est ballot. Mais c'est une boutade ;) Sinon entièrement d'accord avec toi; ce n'est pas bol pour esther. Même les Compagnons ne se limite plus à l'espace occidental pour le HdA, c'est dire.

@Guillaume,
"Comment donner le droit de vote à des personnes qui n'ont pas l'éducation nécessaire pour avoir une vision globale du pays et mieux encore de la planète ? Admettons que tout le monde soit éduqué, comme en France." => troll.
Et Tocqueville a posé quelques postulats pertinents à ce propos. Ainsi que Marx (1848, Napoléon III, toussa) si l'on veut retourner aux fondamentaux.

Bon billet. Je ne connaissais pas ces lieux communs.
Pour ce que je sais de la Chine et des Chinois, leur principal problème est un environnement dégradé & sous dimensionné par rapport à leurs besoins.
En l'état actuel de mes connaissances & d'après les quelques responsables chinois que j'ai pu rencontrer, la structure dirigeante est parfaitement consciente de ces problèmes, mais ils font face à des facteurs qui limitent leur capacité d'action comme la diffusion des compétences (malgré la formation interne et les coopérations avec nos centres de recherche) l'inefficacité de leur structure gouvernemental (ils pensent notamment que la chute de la ceinture verte est du à la corruption des pouvoirs locaux, mais je les trouvent injustes envers eux-même, le facteur climatique n'étant pas à sous-estimer), et bien sur le temps, qui jouent contre eux.

Pour être franc, je me contrefout de savoir si ils font un génocide envers une ethnie particulière ou si ils n'ont pas le même avis que moi sur les droits de l'individu, mais je suis bien curieux de voir comment ils se débrouilleront pour survivre, à l'échelle du pays.

17. Marie, le 11 août 2008

Je vais faire bref après ces longs longs longs commentaires : superbe article, passionnant !

18. Da Scritch, le 11 août 2008

J'arrive un peu tard, mais UN BOUQUIN à lire http://dascritch.net/blog.php/post/... . C'est une vue de Pékin pendant les travaux par dix dessinateurs chinois, et c'est chez Xiao Pan, qui fait un travail éditorial formidable sur les auteurs de BD du Grand Empire du Milieu.
Cela va donner une belle baffe à plein de gens.

19. Philippe, le 11 août 2008

Bonjour

C'est un billet très intéressant et je suis très beaucoup d'accord avec tes remarques. Sachons rester humbles.

Pour comprendre un peu plus, en s'amusant, la vie des chinois, je te conseille "Brothers" de Yu Hua (Actes Sud). Un pavé absolument hilarant :)

20. No', le 11 août 2008

La réflexion d'Esther sur l'incompréhensibilité (c'est un mot, ça ?) de l'Asie par l'Occident me laisse un peu sur ma faim... est-ce que ça veut dire que nous sommes condamnés à ne jamais rien comprendre de l'Asie ? Ou bien est-ce possible qu'avec un cerveau "formaté" Europe de l'Ouest je puisse (à force de travail) combler ce fossé ? Est-ce accessible à un grand nombre ? à une élite qui aurait un esprit supérieur ?

Quand je faisais un peu d'Aïkido, dans le temps, j'avais été frappé que l'Occident ait eu besoin d'établir l'échelle des grades de ceinture (qui font un zouli arc-en-ciel), alors que les Japonais n'en ont que deux : blanc (élève) et noir (maître).

J'arrive à comprendre qu'on puisse avoir besoin des grades pour marquer les progrès d'un élève, mais j'arrive aussi à comprendre qu'on puisse s'en passer... est-ce que mon exemple est suffisant pour dire "oui, un cerveau européen peut comprendre du moins partiellement l'esprit asiatique" ou bien je me goure totalement (ce qui est loin d'être exclu)

21. Qiad, le 12 août 2008

Coucou Mitt, un petit mot pour te dire que je partage ton avis et te remercie de l'avoir exprimé aussi clairement.

22. Fernand, le 27 août 2008

Amusante la controverse de Guillaume, qui veut contrer une argumentation en utilisant les mêmes arguments mais en les appliquant à ses propres causes.

Sinon, « Et oui » devrait s'écrire « Eh oui » (quatrième paragraphe de «Dans les campagnes, les Chinois sont très pauvres et très malheureux»), pourquoi mettre une conjonction de coordination là où il n'y a rien à coordonner ?

23. Mitternacht, le 27 août 2008

Fernand > Oui, c'est vrai, d'ailleurs cette question me réveille souvent en pleine nuit dans des angoisses terribles :p
(Je dit ça mais en reprenant une traduction commencée par quelqu'un d'autre je suis en train de corriger tous les Et bien en Eh bien).

24. mirovinben, le 27 août 2008

T'es sûr pour le "Eh bien" au lieu du "Et bien" ? J'aurais mis plutôt "Hé bien"...



... jusqu'à ce que je vérifie dans mon Petit Larousse : tu as raison et moi tort.

25. Mitternacht, le 27 août 2008
Mirovinben > eh bien, je m'en vais répondre à ta question, puisque j'ai moi-même fait cette recherche, travaillant pour des clients un tantinet crispés sur le plan de la bienséance orthographique. « Eh bien » peut également s'écrire « Hé bien », car Eh et Hé sont tous les deux corrects et veulent dire exactement la même chose. Mais ! Dans le cas qui nous intéresse, la forme « Hé bien » est considérée comme désuète, et il convient d'écrire « Eh bien ». Mon métier m'emporte sur des chemins fascinants.
26. Fernand, le 28 août 2008

Dans 23 : « Je dit ça mais », plutôt « Je dis ça mais », non ?

Enfin bon, je dis ça parce que c'est jeudi (Ha ! Ha !), au risque d'être basculé dans le camp des crispés de l'orthographe :-)

J'ai découvert ton blog en cherchant « polices pour Linux » dans Google, comme quoi une recherche anodine peut nous emmener sur des chemins intéressants.

27. Marie, le 7 sept. 2008

Moi j'ai vécu dans une dictature beaucoup moins terrible que celle de la Chine et je trouve ton analyse intéressante. Il manque juste une force que tu sous -estimes à mon avis : la nationalisme - peut-être ne faudrait-il pas le nommer ainsi, peut-être faudrait-il dire "l'amour de son pays", l'"orgueil national"... Nous, depuis les années 30, on en est venu à avoir honte du sentiment de fierté nationale, vu les dérives qu'il a produit. Mais dans de nombreux pays, l'orgueil national, qui peut, ou pas (il y a des gens bornés et d'autres ouverts d'esprits partout), avoir comme corollaire le mépris des occidentaux donneurs de leçons, est une donnée très importante. Les occidentaux sont soit trop sûrs d'eux (on va t'expliquer comment te développer, ok?) soit honteux de son pays ou de sa civilisation. Dans un cas, ils énervent, dans l'autre, ils se font mépriser (car hors d'Europe les gens sont un peu méprisants et consternés quand on critique les siens, c'est une sorte de faute de goût, d'obscénité, de méchanceté, comme de cracher dans la soupe). Et dans les deux cas, ils renforcent la fierté que les Chinois ou d'autres peuples ont d'eux-mêmes.

Cependant, vivre dans une dictature et subir la propagande, c'est destructeur, de l'intérieur. ça peut se comparer, je pense, à vivre en famille sous le système de la double contrainte. Le seul moyen de s'en sortir dans un système qui revient finalement à établir la loi du plus fort, c'est de courber le dos et de s'écraser devant son chef, d'essayer de lui plaire, en craignant constamment de lui déplaire. Au fond, les méthodes de gouvernance et de gestions des hommes s'apparentent toujours au Stalinisme : tu sais, lors des procès de Moscou, Staline s'est débarrassé des hommes avec qui il avait vaincu le système antérieur. Ce nettoyage administratif impitoyable a fait régner la terreur : comment savoir si l'on déplait ou pas au chef? De qui faut-il se méfier? A qui doit le plus lécher le cul pour être sur de garder son poste? Et finalement (même si dans toutes les dictatures on ne finit pas au goulag) tout le monde tremble, personne ne dit la vérité, même si tout le monde la connaît, on se méfie un peu de tout le monde par défaut, et le système entier est profondément empoisonné. Vivre là dedans est un cauchemar. C'est comme de vivre dans un monde où l'on ne peut se raccrocher à rien. Pour moi, c'est la raison pour laquelle les gens émigrent en masse de certains pays : ils ne fuit pas tant la pauvreté que ce sentiment de mort intérieure que je peux imaginer car j'y ai passé plusieurs années, j'ai été touchée par ce sentiment, et finalement je suis, à grand peine (car je n'étais pas dans une super situation), partie. Vivre dans une dictature, c'est un peu la mort de l'âme, crois-moi, et pourtant, parallèlement, on y survit très bien.

28. Mitternacht, le 12 sept. 2008

Wouhah, merci Marie pour ce point de vue, et désolée pour le retard de la réponse, j'ai attendu d'avoir un peu de temps pour bien lire ton commentaire.
Grâce à ta propre expérience, tu mets le doigt sur quelque chose de très intéressant. Je ne sais pas où tu as vécu, et si tu ne le dis pas c'est sans doute que tu n'en as pas envie, mais cette vision "de l'intérieur" est très enrichissante.

Sinon j'espère que maintenant ça va mieux :)