La bête histoire d'Henriette et Firmin
On va encore me traiter de misogyne, mais c'est marrant, j'ai souvent observé le schéma suivant :
Soit un garçon, Firmin. Firmin est un passionné ; il parle des choses qu'il aime avec enthousiasme et est capable de se consacrer des heures à ses activités favorites qui lui permettent d'exprimer son tempérament artistique et débordant.
Soit une jeune fille, Henriette. Henriette a envie qu'on l'aime comme dans les films. Henriette est fascinée par ce garçon talentueux et original qui parle si bien de choses très belles. Inconsciemment, elle a envie que Firmin lui parle d'elle comme il lui parle de peinture/musique/photo/bouillabaisse (rayer la mention inutile).
Firmin et Henriette tombent amoureux et commencent une jolie histoire, pleine de passion et d'originalité foudroyante (parce qu'il est si différent et qu'elle le trouve génial). Ils n'ont pas d'horaires, font l'amour n'importe où. Henriette apprend plein de choses sur ce qui intéresse tellement Firmin pour avoir avec lui des débats passionnants.
Et au bout d'un moment, Henriette se fatigue. Elle cesse de comprendre pourquoi Firmin s'intéresse à tous ces trucs inutiles et réclame son attention ainsi que plein d'autres choses bassement terre à terre.
Firmin, qui aime beaucoup Henriette, ne veut pas la blesser. Il met peu à peu de côté son tempérament passionné pour mieux plaire à Henriette. Après tout, sa passion pour Henriette vaut bien celle qu'il a pour la peinture/musique/photo/bouillabaisse (rayer la mention inutile).
Mais voilà. Une fois la distance prise avec ce qui l'animait, Firmin devient chiant. Enfin, un peu. Il ne bondit plus dans la cuisine en criant "Henriette, j'ai une super idée tu vas voir c'est génial". Il ne traverse plus d'épisodes de déprime profonde à base de "Je n'ai aucun talent, tout cela est vain, rhaaaa". Non, Firmin emmène Henriette au cinéma et après ils vont prendre un café et ils parlent du film. Henriette est contente. Firmin se consacre à construire leur couple.
Et puis quand même. Henriette se dit qu'elle aimerait bien que ce soit un peu plus comme dans les films où les amoureux font des projets fabuleux jusqu'à 6 heures du mat en fumant des clopes et en jouant de la guitare sous un poster du Che/une repro de Mondrian/un portrait de Bayrou. Pire que tout, Henriette n'a plus peur qu'une poufiasse vienne lui faucher son Firmin puisque le Firmin ne voit que par elle.
L'affadissement de Firmin et la disparition de la peur salutaire de voir l'autre se tirer viennent à bout du sentiment d'Henriette qui s'en va chercher ailleurs le frisson de l'amour passionné.
Paf. Firmin est tout seul et se demande en quoi il n'a pas été assez bien, c'est affreux. Henriette met tout ça sur le compte de la routine et pense que sa liberté retrouvée lui donnera ce qu'elle attend. Elle se fourre donc le doigt dans l'oeil jusqu'au coude, ce qui est également affreux.
En conclusion
Mesdemoiselles. Ne cherchez pas dans l'autre ce qui va faire de votre vie un roman. Prenez les choses en main et soyez passionnée vous-même. Cessez de vouloir, par pure jalousie (oui oui), tuer ce qui vous a fait tomber amoureuse.
Messieurs. Défendez ce que vous êtes. Soyez pédagogues. Non, vous ne trompez pas Henriette en esprit quand vous passez 24 heures sur la grande oeuvre de votre vie. Et si Henriette s'obstine à ne pas comprendre, tant pis pour elle. Il y a plein de filles qui aiment vraiment les fous parce qu'ils sont fous, et pas uniquement parce qu'ils leur écrivent des chansons d'amour et leur donnent l'impression d'être furieusement originales.
28 juillet 2008, 22h07 – in Rétif à tout classement – Lien
Commentaires
Par Cercamon
Bon je vais faire un commentaire convenu :-D
Tout ça c'est la faute à la société qui assigne les filles à la passivité. (A lire sur le ton du rebelz anarcho-gauchiste - si je puis m'autoriser cette oxymore).
Ceci dit, j'ai vu aussi beaucoup de Firmin inhiber les aspirations et entreprises de leur Henriette, et ce avec une diligence remarquable par rapport à celle dont font preuve généralement les Henriettes envers leurs Firmins.
C'est délicat...
Qu'il est pur l'amour sans possessivité... mais qu'il est rare aussi...
Par Cercamon
Oups, "cet oxymore", j'y ai pensé en plus.
Par Mitternacht
Ah mais dans un aute épisode, je parlerai, si j'en ai le courage, de Gédéon qui avait peur que Marceline lui fasse de l'ombre. Il y a aussi Bertrand-Chrysogône qui trouve "tellement attendrissantes" toutes les velléités créatrices de son Edmonde. Enfin, rendons hommage à Achillande qui fait tant d'efforts pour que Justilien s'habille correctement et devienne enfin adulte.
Par Cercamon
Et bien j'attends avec impatience ce recueil, j'aime bien la légèreté de ton écriture, et surtout l'ironie, vertu cardinale à mes yeux.
Par Aude
Tout ceci est si plaisant que je vais attendre moi-aussi le dit recueil.
Je me mets là.
Par kerlu
J'attends avec une impatience non feinte la suite de ce feuilleton qui s'annonce passionnant (si j'ose dire). Vivement les folles aventures d'Achillande et de Justilien, j'ai hate de lire cet épisode.
Par Nimwendil
Attaque le mal à la racine, écris une chronique dans Cosmopolitain... :P
Par Gru
Ouais, et après, en guest-star dans sex and the city!
Par No'
"Gédéon, Marceline, Bertrand-Chrysogône, Edmonde, Achillande, Justilien..."
Beuuuuuuh... Les vrais coupables, ce sont les parents, qui se sont crus dans un mauvais roman en donnant ces prénoms à leur progéniture. Résultat, 20 ans d'analyse pour échapper au Bovarysme.
Anecdote qui vaut ce qu'elle vaut : le grand Goscinny, à la fois génie et profondément désespéré (humour, politesse du désespoir) avait pour habitude d'annoncer froidement à sa chère et tendre qu'il allait se tuer, parce qu'il était mauvais, nul, qu'il ne valait rien, qu'il calait devant sa machine à écrire... Les grands pleurs, la scène de l'Acte II, la tragédie grecque, tout ça. Le pire, c'est qu'il était sûrement sincère, l'ami René. Il pensait vraiment qu'il allait se tuer. Il fallait voir madame Goscinny regarder son mari à ce moment-là : blême.
Et puis, comme par enchantement, d'un coup, il s'enfermait trois jours durant dans son bureau, tout ce qu'on entendait, c'était le crépitement de la machine à écrire. Après quoi, il sortait un nouvel Astérix. Et on sait la qualité littéraire des scénarios de Goscinny, surtout depuis qu'on a lu les Asterix(es) sans lui.
Par Saperli
moi, j'ai connu l'inverse... Avant qu'ils ne fondent un couple, on devrait apprendre aux jeunes à reconnaître les troubles de la personnalité qui font que certains se laissent complètement dominer par l'autre ou que d'autres sont des manipulateurs tellement pervers qu'ils cachent complètement leur jeu...
Par Di@blo
Intéressant. Plein de bonnes choses à prendre là-dedans. Et c'est joliment dit en plus. Merci :)
Par Maître Capello
"Elle se fourre donc le doigt dans l'oeil jusqu'au coude, ce qui est également affreux."
Quand on connait le sens premier de cette expression, c'est effectivement affreux...
En effet, "l'œil" en argot est unique et il est moins bien placé que celui de la langue courante.
Par ZEL
Oui, c'est un peu myso, parce qu'il existe aussi des Henri et des Firmine. ;)
Par Mitternacht
ZEL et les autres qui me disent "Ah oui mais dans l'autre sens aussi hein" >
Et puis merde, non, c'est pas vrai. Je suis désolée, je passe ma vie à détecter la misogynie dans ses expressions les plus subtiles, mais les filles ne rendent pas toujours service à la cause, et ça me fout hors de moi, donc je les engueule et après on me traite de misogyne (avec un "i", même moi j'ai corrigé).
1. Je parle d'un cas particulier, ça ne m'engage en rien à parler de tous les autres cas possibles. C'est pas parce que je parle de tomates qu'il faut se ramener en disant "Oui mais il me semble que tu oublies les courgettes, est-ce que tu discrimines particulièrement les tomates ?"
2. Ce schéma, sous cette forme, EST féminin. Oui, j'ai déjà dit plus haut qu'effectivement y avait plein d'autres cas de figure dans les deux sens, en grande partie par souci de politiquement correct parce qu'en fait c'est ce cas particulier qui m'intéresse, là, pour des tas de raisons qui me regardent. Mais ce schéma là ne s'inverse pas. Quand ça s'inverse, les moyens utilisés sont totalement différents.
3. Allez voir le billet de l'Araignée, qui trouve aussi que souvent les filles déconnent grave et alimentent la connerie de sexisme ambiant, c'est pour ça que je l'aime bien l'Araignée, elle se prive pas pour le dire.
http://a.a.j.free.fr/jardin/index.p...
et ça : http://a.a.j.free.fr/jardin/index.p...
4. Oui je ferai plein d'autres billets pour dire que les filles sont stupides, passives, sans imagination, sans envergure, parce que ça m'énerve de voir autant de nanas gâcher leur potentiel de liberté en se coulant dans des moules stériles. Je ferai des généralisations abusives, je dirai que les Françaises sont pires que les autres, bref, du sheba pour troll. M'en fout. Je crois profondément à ce que peut faire la femme, comme je crois profondément en ce que peut faire l'homme.
Mais au 21è siècle, c'est vraiment pas l'homme qui nuit le plus à la cause de la femme en France. Promis craché.
Par Mitternacht
Oula je devrais jamais mettre des commentaires tant que j'ai pas fini mon premier café du matin, c'est un peu brutal tout ça :D
Juste un truc : si ça me tient tellement à coeur, si les bêtises des filles m'agacent souvent plus que celles des garçons, c'est bêtement parce que je me sens concernée. Exactement comme quand je vois que la gauche fait n'importe quoi, ça me fout trois fois plus en rogne que les conneries du gouvernement.
Tout ça, c'est rien que des preuves d'amour en fait :p
Par Cercamon
C'est que c'est un sujet sensible, et complexe...
Le coeur du problème est qu'il consiste en une dissymétrie entre le pouvoir/situation respectif des deux sexes (ou genre pour faire plaisir à qui fait la distinction...).
Il me semble pertinent de souligner que nul n'a remis en cause le schéma que tu présentes, mais simplement mis en perspective avec le fait que "oui mais Henri et Firmine aussi..." Ce qui me semble plutôt sain.
Car sur cette question, j'ai souvent observé le schéma suivant :p : lorsque des "torts" respectifs sont envisagés, on débouche immanquablement sur la conclusion du genre "un partout la balle au centre", et la dissymétrie qui avait initiée la réflexion est plus ou moins perdue de vue.
Pour te rassurer, à mon très humble avis, les personnes sensibles à ces questions sont aussi sensibles au fait que les filles sont responsables (pour partie) de leur condition. C'est d'ailleurs pour ça que c'est à elles de prendre en main leur lutte pour se libérer - faudrait juste voir à mettre les mecs dans le coup aussi, mais ça c'est une autre histoire encore plus compliquée.
Le girly-girl bashing a été une activité de premier ordre depuis les débuts du féminisme "moderne". Genre Emma Goldmann ou Alexandra David-Néel qui pourfendaient en des propos bien plus violents que les tiens tant les filles sans grande conscience de leur condition que les féministes bourgeoises qui organisaient des réunions de femmes pour parler chiffon. Cette question des filles comme moteur du sexisme est tellement importante que, pour reprendre une de tes formules, le mouvement à forké souventes fois autour de cette question (mais c'est une autre histoire aussi).
C'est juste que tu dis (en gros) "je vous parle tomates et vous venez m'emmerder avec des courgettes". Sauf que, toujours à mon très humble avis, tu parles pas vraiment tomate, mais plutôt ratatouille, et dans la ratatouille, y a des tomates et des courgettes, et plus encore... De même tu admettras qu'introduire un cas particulier par les mots "souvent" et "schéma" ça peut appeler certaines réactions :-)
Préfacer ta fable par l'annonce qu'il était envisageable que Gédéon, Marceline, Achillande et Edmonde suivent, aurait eu un impact différent...
En tout cas les posts de l'araignée sont bien sympa. Sauf que moi, en tant que mec, ça me ferait plaisir aussi de trouver des posts de mec qui dénoncent les déviances dans les comportements de mec. Et attention, autre chose que "ouais c'est pas juste, quand on est gentil et pas macho les filles te laisse tomber pour des machos". Commencer à balayer devant sa porte est toujours le meilleurs premier pas, d'autant que, effectivement, il y a des spécificité de part et d'autre. A mon très humble avis, bien sûr.
Par Mitternacht
"Préfacer ta fable par l'annonce qu'il était envisageable que Gédéon, Marceline, Achillande et Edmonde suivent, aurait eu un impact différent..."
J'ai bien compris, mais justement je n'aime pas les préambules précautionneux, c'est exactement ce que j'appelle le politiquement correct du raisonnement :)
Par mirovinben
Ca ("du sheba pour troll") et la sortie de la v2.0 de Dotclear : en voilà une journée qu'elle est belle. Malgré la pluie, malgré le tonnerre qui gronde au loin, malgré un manque persistant de sommeil.
Par Cercamon
"politiquement correct du raisonnement"
Gnap ? Je ne vois pas où est le politiquement correct (qui je dirais, renvoie à une certaine hypocrisie) dans le fait d'offrir une meilleure compréhension de tes intentions à tes lecteurs... Il est plus question là de communication (tenter de créer un espace commun) que de préserver des susceptibilités. A moins que j'ai loupé un truc ?
Je parle du principe, loin de moi l'idée de t'expliquer comment faire :)
Ou alors, tu fais ça pour avoir plein de commentaires sur ton blog ?
:p
Par Mitternacht
Cercamon > D'où je déduirai habilement que nous ne ressentons pas le politiquement correct de la même façon, parce que nous ne sommes pas pareils.
J'avoue que chez moi c'est assez épidermique, je n'ai pas envie de faire des notices explicatives avec mes billets. Les gens interprètent le contenu en fonction de leur ressenti et de ce qu'ils connaissent de moi, je joue le jeu mais je rectifie si je suis pas d'accord.
Et si je voulais avoir plein de commentaires, je pondrai un comparatif Wordpress - Dotclear, ce serait moins fatigant ;)
Mirovinben > ah ben ça fait plaisir ^^ pense quand même à te reposer, la verdure, l'été, le week-end, je te prescris plein de siestes ^^