Le billet précédent a été écrit un soir tard, alors que j’étais contrariée après avoir lu des commentaires anti-religieux sur un blog (rien de méchant là, inutile de lier le commentaire en question, surtout qu’il est signé d’une personne estimable et respectable). Y a des choses comme ça, ça me fait bondir, il faut que ça sorte, après ça va mieux.

En gros, l’intégrisme linguistique, c’était une blagounette pour alléger la chose, parce que je me suis calmée en écrivant. Là je suis toute perplexe. Le sujet du billet, c’était l’intégrisme religieux et anti-religieux. Surtout. Les autres intégrismes, oui, aussi. Ceux-là tuent moins. Ils sont moins importants. Surtout l’intégrisme typographique. Et pourtant, ceux qui me connaissent savent que je suis assez maniaque dans le domaine. Le truc, c’est que ça m’amuse, ça m’intéresse, ça me passionne, même. Mais je ne me prends pas assez au sérieux pour penser que l’avenir de la communication dépend du respect de certaines maniaqueries.

En typographie comme en religion, vouloir absolument faire respecter des règles parce qu’elles ont été écrites quelque part, c’est oublier que les civilisations naissent, prospèrent et meurent en oubliant les règles de celles qui les ont précédées, et qu’il n’y a rien de mal à ça. L’attachement non raisonnable aux règles est un refus du changement. Le changement se fait, quoiqu’il advienne. Ceux qui le refusent sont simplement laissés en arrière.

En typographie comme en religion, il importe de comprendre l’esprit de la loi bien plus que sa lettre. Avant, pour indiquer le début d’un nouveau paragraphe, on utilisait l’alinéa. Aujourd’hui, on utilise plus volontiers l’équivalent d’un double saut de ligne. Pourquoi ? Parce que le papier coûte moins cher, surtout lorsqu’il devient une page sur un écran. Dans les deux cas, l’esprit est le même : indiquer le début d’une nouvelle idée. Il y a 2000 ans, un type est venu expliquer ce genre de concept : rien ne sert de respecter la loi si on n’en respecte pas l’esprit. C’était tellement révolutionnaire que le projet a forké.

Bref, j’espère que vous voyez où je veux en venir. Les règles typographiques ont pour premier objectif la lisibilité du texte, puis son élégance. Elles sont au service du contenu. Elles n’en sont pas les égales. De la même façon que certains se sentent plus en accord avec leurs croyances s’ils s’imposent des règles, mais qu’il n’est en rien nécessaire de se conformer à un dogme pour être croyant et respecter l’esprit de ses convictions.

On en discutait tout à l’heure avec Olivier, les seules conventions véritablement indispensables sont les standards qui permettent aux machines de communiquer entre elles. Quand il s’agit d’humain, les conventions sont un support, un cadre dont nous sommes libres de nous échapper parce que nous sommes dotés d’imagination, de libre-arbitre et d’une capacité à comprendre l’autre par une multitude de choses qui dépassent le seul contenu du message.

Le prochain billet arrivera très vite et parlera de jolies choses à aller voir ailleurs qu’ici.