À titre informatif
Par Mitternacht le mardi 1 juillet 2008, 21:42 - Minute oecuménique - Lien permanent
Le billet précédent a été écrit un soir tard, alors que j'étais contrariée après avoir lu des commentaires anti-religieux sur un blog (rien de méchant là, inutile de lier le commentaire en question, surtout qu'il est signé d'une personne estimable et respectable). Y a des choses comme ça, ça me fait bondir, il faut que ça sorte, après ça va mieux.
En gros, l'intégrisme linguistique, c'était une blagounette pour alléger la chose, parce que je me suis calmée en écrivant. Là je suis toute perplexe. Le sujet du billet, c'était l'intégrisme religieux et anti-religieux. Surtout. Les autres intégrismes, oui, aussi. Ceux-là tuent moins. Ils sont moins importants. Surtout l'intégrisme typographique. Et pourtant, ceux qui me connaissent savent que je suis assez maniaque dans le domaine. Le truc, c'est que ça m'amuse, ça m'intéresse, ça me passionne, même. Mais je ne me prends pas assez au sérieux pour penser que l'avenir de la communication dépend du respect de certaines maniaqueries.
En typographie comme en religion, vouloir absolument faire respecter des règles parce qu'elles ont été écrites quelque part, c'est oublier que les civilisations naissent, prospèrent et meurent en oubliant les règles de celles qui les ont précédées, et qu'il n'y a rien de mal à ça. L'attachement non raisonnable aux règles est un refus du changement. Le changement se fait, quoiqu'il advienne. Ceux qui le refusent sont simplement laissés en arrière.
En typographie comme en religion, il importe de comprendre l'esprit de la loi bien plus que sa lettre. Avant, pour indiquer le début d'un nouveau paragraphe, on utilisait l'alinéa. Aujourd'hui, on utilise plus volontiers l'équivalent d'un double saut de ligne. Pourquoi ? Parce que le papier coûte moins cher, surtout lorsqu'il devient une page sur un écran. Dans les deux cas, l'esprit est le même : indiquer le début d'une nouvelle idée. Il y a 2000 ans, un type est venu expliquer ce genre de concept : rien ne sert de respecter la loi si on n'en respecte pas l'esprit. C'était tellement révolutionnaire que le projet a forké.
Bref, j'espère que vous voyez où je veux en venir. Les règles typographiques ont pour premier objectif la lisibilité du texte, puis son élégance. Elles sont au service du contenu. Elles n'en sont pas les égales. De la même façon que certains se sentent plus en accord avec leurs croyances s'ils s'imposent des règles, mais qu'il n'est en rien nécessaire de se conformer à un dogme pour être croyant et respecter l'esprit de ses convictions.
On en discutait tout à l'heure avec Olivier, les seules conventions véritablement indispensables sont les standards qui permettent aux machines de communiquer entre elles. Quand il s'agit d'humain, les conventions sont un support, un cadre dont nous sommes libres de nous échapper parce que nous sommes dotés d'imagination, de libre-arbitre et d'une capacité à comprendre l'autre par une multitude de choses qui dépassent le seul contenu du message.
Le prochain billet arrivera très vite et parlera de jolies choses à aller voir ailleurs qu'ici.
Commentaires
C'est très joli ce que tu écris là - surtout la fin du dernier paragraphe. Et ironie, on touche vraiment ça du doigt à l'occasion d'échanges sur le net.
Cependant je doute que ça fasse plaisir à beaucoup d'adeptes (notamment de religions révélées - et des pas intégristes bien sûr) que tu réduises leur pratique à un ensemble de normes ou de conventions.
Paradoxalement, c'est vraiment difficile de trouver un terrain commun quand on parle d'absolu...
Cercamon > je n'ai jamais voulu faire une telle réduction. Justement, la pratique peut s'abstraire des règles, j'ai simplement dit que pour certains c'était important d'en suivre, pour d'autres, non. Je fais un parallèle entre règles typo et règles religieuses car les réactions à mon dernier billets le justifiaient.
Bref, j'ai l'impression qu'on va encore me comprendre de travers, alors que j'essayais de rendre les choses plus claires :)
"Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire nous viennent aisément."
A dire vrai je ressent les religions comme des addictions qui permettent à certains de sortir de leur condition de mortelles et périssables pauvres petites choses perdues dans l'univers.
Comme dans toute forme d'addiction c'est l'excès qui crée le schisme et le danger.
Le respect de la liberté d'expression me pousse à l'acceptation des concepts religieux dès lors qu'il permettent à l'autre de grandir et vivre dans une spiritualité fondée sur l'élévation de la pensée, la considération de son prochain et, pourquoi pas, le salut d'une éventuelle bien qu'improbable âme vouée à la rédemption.
Dans ce cas le devoir du croyant envers autrui et lui même le poussera ou pas à suivre certaines règles qui l'aideront dans son accomplissement. c'est ce que l'adepte religieux fera de ces règles qui déterminera son cursus sur cette terre.
Les règles sont à suivre dans l'esprit et non la lettre, l'évolution sociétale imposant une rénovation de la pensée face à l'inertie de la lettre souvent ancienne de milliers d'années.
Il en va de même en typographie et bien d'autres domaines encore ou la lettre ne survit à l'esprit que pour donner les bases ou standards d'un concept forcement évolutif puisque lié à l'histoire et l'imagination de l'homme. Libre à chacun de suivre l'esprit pourvu qu'il reste dans le concept. La transgression de la lettre se fera naturellement puisque celle-ci, raisonnablement perçue comme obsolète, ne colle plus à la réalité quotidienne.
C'est l'apanage de l'homme de se projeter dans l'avenir, d'imaginer, d'aménager, d'évoluer tout simplement.
C'est malheureusement le refus de l'évolution, la croyance que la vérité est dans le passé et donc dans la lettre qui pousse au radicalisme. Les radicaux deviennent alors obtus et psychorigides au point de privilégier la lettre au détriment de l'esprit qu'ils pervertissent en refusant d'accepter que la lettre est caduque.
Seuls les sots et les militaires suivent les préceptes à la lettre, à chacun de faire en sorte de n'être ni l'un ni l'autre.
Chère Mitternacht tu viens de soulever un lièvre aussi gros que celui de la poule et de l'œuf hé, hé. Le débat sera sans fin, les incompréhensions nombreuses et chacun détient sa vérité fondée sur l'esprit ou la lettre.
Reste à retenir que la sottise est iatrogène, autant si ce n'est plus que les militaires. Qui a dit pléonasme?! A retenir aussi, les religions ont tués plus d'individus que n'importe quelle autre cause de mortalité. Alors pourquoi ne pas écrire en préambule sur les missels, bibles, coran, thora et quel qu'autre ouvrage religieux, L'ABUS DE RELIGION TUE, ou encore TROP CROIRE PEUT NUIRE A VOTRE ENTOURAGE.
Merci Pete pour ce commentaire très intelligent et le parallèle fort juste avec les militaires. Quelque soit le domaine, dès qu'il y a règles, il est essentiel de conserverver son libre-arbitre, d'en chercher le fondement, et de ne les respecter que si on est véritablement en accord avec elles. Toute loi devrait être constamment remise en question.
Que de compliments! Merci à toi d'avoir soulevé par une litote un sujet aussi grave et important que l'intégrisme de la lettre face à l'esprit. Les règles doivent être des balises et non des frontières. Elles se/nous doivent d'évoluer avec la civilisation. Sinon cela revient à démontrer le concept, quel qu'il soit, en utilisant une langue morte donc incomprise par le plus grand nombre.
C'est précisément ce que fait l'intégriste religieux qui prône qui le latin, qui l'arabe ancien, qui l'araméen, qui l'alinéa dans le seul but de paraître érudit et s'ériger en guide de ceux qui incapables de décrypter la lettre se vautreront dans la perversion de l'esprit et perdront de ce fait leur libre arbitre puisque dans l'impossibilité de remettre la lettre en question. C'est alors que l'on devient formaliste, s'attachant plus au paraître qu'au fond des choses. On favorise la liturgie, l'apparat, le pompeux en s'éloignant progressivement mais inexorablement de la simplicité qui permet la réflexion, en noyant la méconnaissance de l'esprit dans l'absolu rigorisme du cérémonial, la connaissance obligatoire du rite dans tout son décorum.
Comme tu le dit, les règles sont au service de l'esprit et ne valent que par leur acceptation dans le libre arbitre en toute connaissance des causes, effets, droits et devoirs.
Nombreuses sont les transgressions devenues jurisprudences et sans désobéissance pas de débats. La pensée libre interpelle, elle veut goûter le fond des choses, les partager et en transmettre l'esprit peu importe la forme pourvu qu'elle aide à la compréhension. Sachons faire fi des règles et oser la nouveauté si elle permet aux générations à venir de mieux appréhender la complexité de sujets tels que la religion, la philosophie, les lettres ou la typographie.
Le libre-arbitre... Voilà le mot essentiel à mes yeux.
Ce qui sous-entend une certaine capacité à se remettre en cause et une connaissance, même minime, de ce qui se fait ailleurs. Quitte à ne rien changer finalement.
Et puis il y a les règles que l'on se donne pour avancer sur son chemin personnel, dont la remise en cause n'a pas trop d'incidence sur autrui et celles qui nous concernent tous, font l'objet d'un certain consensus est sont plus délicates à modifier...
Exemple (d'une banalité affligeante) :
"Changer sa façon de conduire"
et
"Changer les règles du code de la route"...
D'accord avec ça mais avec le bémol suivant, les "règles que l'on se donne" je les appelle principes car personnels et non écrits; Les règles en général ont pour postulat d'être écrites et même pour certaines gravées dans le marbre (sic)...
Ex:
avoir pour principe de conduire prudemment VS Les règles du code de la route.
Bon je vais me retenir d'écrire trois pages (je dis toujours que c'est le genre de sujet plus adapté à la discussion autour d'un bon pastis - ou bien sûr d'un bon rouge ou d'une bonne bière... ou autre).
D'un autre côté j'ai besoin de me sortir du boulot, donc hop, je commente sur l'espace de discussion que tu as gentiment ouvert.
En fait madame la mite, je pense que c'est plutôt moi qui me suis mal fait comprendre, il est vrai que j'ai beaucoup hésité sur l'emploi du mot "pratique", un peu fourre-tout ici.
Par exemple, difficile d'être catholique si tu n'adhères pas au(x) dogme(s) catholique(s). Puis y a les sacrements tout ça... Qui pour être respectés... bé c'est un peu des règles qu'il faut suivre. Tu peux avoir un regard anthropologique ou sociologique sur le rituel - des catho eux-mêmes nourrissent cette réflexion - mais tu loupes un truc essentiel à leurs yeux : tout ça, ça vient de Jésus, et c'est ça qui fait que c'est salvateur. Car le but pour eux, c'est d'être sauvé. Et si ils sont catho, c'est parce qu'ils croient fermement que y a que ça qui sauve. Et cet attachement aux "règles", donc à une certaine "pratique", touche pas que les intégristes, juste ceux qui veulent les fruits d'une transmission "authentique" à leurs yeux. Le rituel c'est un peu la clé de hachage de la pratique. Et pour en avoir souvent parlé avec des "qui veulent être sauvé(e)s", je peux te dire que le coup de "ceux qui refusent le changement sont simplement laissés en arrière" ils le prennent pas toujours très bien, à moins que le "changement" ce ne soit de menus aménagement.
C'est tout ce que je voulais préciser, parce que moi je suis plutôt tout à fait d'accord avec toi. Après on peut convenir que "intégriste" ça commence très vite, c'est qu'une question d'échelle.
Ce que j'aimerai ajouter, c'est que le respect aveugle des règles, c'est pas forcément ça qui te rend néfaste pour tes non-correligionnaires. Des fondamentalismes, y en a plein des qui vivent dans leur coin sans faire beaucoup plus de mal (et même plutôt moins) aux mouches que la moyenne des humains. Exemple : ceux du Levant qui ont des drôles de chapeaux sur la tête (ils font même pas leur service militaire - c'est dire - même si c'est pas forcément pour des raisons très progressistes, et même si des fois ils tapent sur leur correligionnaires) ou alors ceux bien connu outre-atlantique pour avoir été infiltrés par Harrison Ford. Je t'accorde qu'ils revendiquent de "rester en arrière" et que ces micro-sociétés doivent avoir leur lot de violence - évoquons, au hasard, la condition féminine. Mais l'essentiel, c'est qu'il font pas trop chier à côté.
Ce qui fait le problème de l'intégrisme tel que tu emplois ce mot, c'est pas tant particulièrement le problème des règles que celui de l'autorité. En gros, ce sont ceux qui confisquent le pouvoir du créateur tout puissant en lequel ils croient. C'est un peu le sens premier de fanatique : celui qui est habité par (son) dieu, et qui donc sait la vVvérité... l'altérité n'existe alors plus, sinon comme une déviance, un mensonge qui doit cesser d'exister.
Le fond de ma pensée, histoire qu'il y ait pas de malentendu:
Bien sûr comme tu y fais référence, Jésus s'est opposé aux pharisiens... Mais à mon sens il faut distinguer le mystique du religieux, l'individu de l'institution. J'ai eu une période où pour moi y avait les méchantes institutions sclérosées et porteuses de toutes les tares face aux gentils et valeureux individus d'exceptions, incompris, authentiques. La preuve que ces derniers c'était les gentils : ils finissaient ou mort sur un bûcher, ou mort dans une grotte loin de la vile société, ou mort autrement.
Abattez les institutions, libérez les mystiques, et suivez leur exemple... Et hop un peu plus de bonheur sur terre.
Sauf que...
L'intérêt du rituel figé, c'est qu'il se peut transmettre, et que la vérité qu'il contient, qui le dépasse, ben du coup, aussi. Les institutions n'ont d'autre rôle que d'être mémoire du savoir qui permettra aux individus, aux mystiques, d'advenir. Mais ceux-ci de par leur spiritualité, n'auront de cesse - à l'encontre de toutes les règles, les conventions, respectant l'esprit avant la lettre - de menacer l'institution qui les a créé, voire la détruire.
Les mystiques sont des gens pas faciles à suivre. Ce qu'ils ont à transmettre est impossible à transmettre tel quel...
Voilà mon pessimisme. Mon coeur me porte résolumment du côté des individus, des mystiques. Mais il faut bien se rendre à l'évidence que s'ils peuvent fonder, ils ne peuvent bâtir. Les trous du culs institutionnels seraient-ils nécessaires ?...
Dernière ligne : "capacité à comprendre l'autre par une multitude de choses qui dépassent le seul contenANT du message" non ? (quoique...)
A s'occuper d'enfant handicapés, on apprend ça : un enfant autiste va s'exprimer à l'oral absolument parfaitement, grammaire et conjugaison irréprochables, mais il n'y aura pas d'échange ; nous faison le contraire : le message passe malgré des erreurs, des reformulations, des fourchages de langue, etc...
Sinon merci beaucoup d'exprimer tout ça aussi clairement, je crois que je n'en était pas tout à fait encore là. St-Exupéry m'avait un peu avancée : "La vie crée l'ordre mais l'ordre ne crée pas la vie".
L'esprit et la lettre sont effectivement à dissocier pour comprendre leurs importances relatives, sachant qu'il vaut mieux ne pas perdre l'esprit de vue, voilà bien ce qui me perturbe dans le fonctionnement du droit et de la justice (!) ; où la forme semble avoir tellement d'importance qu'il suffit de la retourner dans tous les sens jusqu'à ce qu'elle exprime le fond désiré.
Pour la religion la lettre ne devrait pas, bien sûr, prendre la première place, voilà bien la définition de la bigoterie. Je suis bien d'accord que c'est d'abord une affaire de croyance, et qu'il vaut mieux respecter sa croyance que les règles formelles qui l'entourent. Mais tout de même, l'esprit recommande, lorsque l'on croit en la même chose, de se retrouver de temps en temps, et "pratiquer" sa religion est différent de l'intégrisme. Pratiquer sa religion, c'est-à-dire y mettre un minimum de lettre, n'empêche pas un reste de capacité critique...
Bon ça ne doit pas être aussi bien formulé que ton texte, mais j'espère au moins que c'est compréhensible !
Merveilleux et simple, bravo.
J'adore "le projet a forké".