En buvant un café
Par Mitternacht le jeudi 29 mai 2008, 18:35 - Le monde est plein de surprises - Lien permanent
Vite fait, parce que j'ai beau être super-moi (cf. billet de y a 10 minutes), j'ai quand même des milliers de mots à rendre demain après-midi.
- L'étude qui fait flipper — Mesdemoiselles, si vous rêvez d'amours européennes, et que vous hésitez entre Manuel le bel Espagnol et José le ténébreux Portugais, choisissez José, surtout si Manuel porte son écharpe du Real de Madrid 365 jours par an, donc aussi pendant les 6 mois d'été.
- On verra ce que ça donne d'ici quelques années, mais en attendant, de gros bisous à la toute jeune République du Népal, paix, amour et démocratie sur elle.
- On remettra la palme de la bêtise crasse à Sharon Stone aujourd'hui, parce qu'expliquer que le tremblement de terre qui a ravagé le Sichuan, c'est une punition karmique pour ces salauds de Chinois qui ont été méchants avec les Tibétains, c'est nul, ça craint, c'est crétin et c'est malsain.
- Quant à la palme de la jurisprudence flippante, elle va à l'annulation de mariage pour cause de non-virginité dissimulée. Elizabeth Badinter est ulcérée, et elle a bien raison. Merci à la justice française de faire ainsi progresser l'amour et l'égalité des sexes dans notre monde où la femme est tellement libre (paraîtrait que certaines lisent des livres, je suis sûre que c'est une mauvaise idée).
Commentaires
Pour la "jurisprudence flippante" je vois mal en quoi la validation dudit mariage aurait constitué une "défense" de la jeune fille. Et même, à partir du moment où le type réagit comme ça, c'aurait été carrément à la fille de prendre l'initiative de la demande d'annulation !
Certes, l'émoi vient du fait qu'on a l'impression que la justice prend une décision qui sied à l'homme.
Une véritable défense, c'est justement contre l'humiliation, la pression, le soit disant "déshonneur". Et ça ce n'est pas la justice qui peut intervenir à ce niveau... et une autre décision n'aurait rien changé.
Nan mais t'as rien compris, le problème c'est pas qu'elle n'était pas vierge, c'est qu'elle avait MENTI (en disant qu'elle l'était).
Et on ne ment pas sur des choses importantes comme ça.
Cercamon > ce qui me pose problème, c'est que la justice soit intervenue dans une telle affaire. Après, effectivement, ça évite peut-être un mariage raté à la demoiselle, mais elle reste humiliée publiquement. Ensuite, on pourrait peut-être se demander pourquoi elle s'est sentie obligée de mentir. Enfin, exiger d'une femme qu'elle soit vierge, ça revient à la mettre au rang d'une bagnole: l'occasion, c'est moins bien. Ça me dégoûte.
Krazy Kitty > je suis persuadé que Mitt a très bien compris le problème. Et comme elle l'a dit ci-dessus, la question la plus délicate est de savoir "pourquoi elle s'est sentie obligée de mentir". Délicate parce qu'on touche ici à des croyances et des traditions dans lesquelles il y a le meilleur comme le pire, pire qu'on n'ose pas appeler par son vrai nom : obscurantisme et négation de la femme.
Malheureusement oui, on ment "sur des choses importantes comme ça", quand la pression de leur milieu fait sentir aux femmes qu'elles sont moins qu'humaines si elles arrivent "impures", "d'occasion" à leur mariage.
J'ai entendu ce matin à la radio Dalil Boubakeur (recteur de la mosquée de Paris et président du Conseil du culte musulman), consterné de voir que là où l'Islam adopte une démarche progressiste, c'est finalement la justice française qui fait preuve de radicalisme. Oui, il y a vraiment de quoi être consterné...
Si la justice s'en mêle, c'est bien du fait de nature juridique du mariage, qui est un peu comme un contrat. Moi ça ne me choque pas.
Bien sûr cela n'enlève rien au caractère abject de l'exigence du monsieur.
Mais si vous me permettez, c'est quand même quelque part un bon signe quand dans un pays on a la liberté d'être con - dit-il, pour se consoler.
>Krazy Kitty : l'importance de la chose me semble toute relative, mais ça a l'air de l'être pour certains. Il est vrai qu'un autre obsédé de la virginité à défrayé la chronique il y a peu. Je ne dirai pas qui c'est, on va me taxer de mauvais esprit.
Il y a deux aspects distincts dans cette affaire.
Le premier est la décision de justice. D'après ce que j'ai pu en lire, elle me semble tout à fait correcte et j'irai même jusqu'à dire assez saine : l'un des conjoints découvre que l'autre a menti sur un point fondamental (au sens où si il l'avait su avant, le mariage n'aurait pas eu lieu) gouvernant leur union et demande l'annulation du mariage, ce que le droit semble garantir en France. Ici il n'est pas question de savoir quel est l'importance objective du mensonge, mais de comprendre quelle est son importance aux yeux de sa "victime" (le mari en l'occurrence). La variété d'exemples d'application de cette loi (proposée dans le post de Me Eolas) me fait penser que cette loi est plutôt équilibrée.
Le second aspect est la conception rétrograde du mari, son exigence absurde d'épouser une vierge... et, bien entendu, le fait que cette conception soit imposée aux femmes. Qu'une femme soit obligée de mentir sur sa virginité est consternant, cela rabaisse la femme au rang d'objet sexuel : le vagin avant la personne. C'est cet aspect culturel/religieux que je trouve "flippant".
Bref à mon sens l'humiliation publique n'est pas le fait de la justice, mais du mari qui a porté plainte.
Cercamon et Morlos > vous avez parfaitement raison en rappelant le caractère juridique du mariage, et en regardant tout ça à froid, je vais me ranger à l'avis de Morlos, qui synthétise admirablement la chose.
Au déferlement instantané d'indignation vu ça et là lorsque cette décision a commencé à faire du bruit médiatique, je me suis empressé de ne pas trop m'énerver en pressentant qu'une analyse fine de la chose dégonflerait efficacement le ballon.
Ça n'a pas raté, bien sûr, voir chez Eolas :
http://maitre-eolas.fr/2008/05/30/9...
Noter en particulier que :
- c'est l'époux trompé, pas l'institution, qui a introduit l'action. La justice se mêle de la vie privée des gens... parce que les gens le lui demandent ! C'est là tout le rôle de la juridiction civile...
- les conclusions de l'épouse : OK pour la nullité et pour partager les frais...
- le jugement ne contient nulle part mention de la religion de l'une ou l'autre des parties.
Avant de s'emballer dans tout les sens à propos de cette décision je vous conseille de lire ce billet de maitre-eolas
http://www.maitre-eolas.fr/2008/05/...
Vous vous rendrez compte que finalement ce jugement n'a rien de si honteux que cela.
Comme bien souvent en matière judiciaire il faut se méfier de ce qu'en rapporte les journaux.
Je pensais l'ironie de ma remarque évidente. Dommage.
Pour être plus explicite : je déplore non pas le jugement (qui annule, et c'était manifestement ce que les deux parties souhaitaient, un mariage dont l'une des bases, importante non aux yeux de la loi française mais de ce mariage particulier, s'est avérée erronée), mais le fait que la virginité de la mariée soit encore considérée par certains (que la raison en soit religieuse, culturelle ou autre) comme une condition sine qua non à une union réussie.
Thomas & Lordphoenix > oui oui, ok pour la forme, mais il reste que le fondement de la plainte est très grave, et tant mieux si ça fait du bruit, on est au 21è siècle et c'est juste inadmissible. Au fait, sait-on ce qu'il en était du pucelage de monsieur ?
Pas tout à fait d'accord avec toi. Après tout il est libre de ses croyances (la laïcité marche dans les deux sens il ne faut pas l'oublier) si encore il avait caché son exigences à sa future épouse mais la après tout elle le savait à l'avance elle lui a fait croire que c'était le cas.
On peut penser que c'est idiot et ne pas être d'accord avec lui mais je ne pense pas que ce soit une raison suffisante pour le vilipander. Il est tout autant libre de ses choix que n'importe qui même de ceux que ne sont pas d'accord avec lui.
Mitt, je suis bien d'accord que le point de vue du Monsieur, qui ne saurait épouser qu'une vierge, est parfaitement rétrograde et certainement aussi sexiste (dans la mesure où la question de la virginité de l'homme n'est en règle générale pas posée).
Maintenant, que des gens utilisent des critères déplorables pour savoir avec qui ils ont envie, ou pas, de se marier, bien sûr ça me désole, mais finalement c'est leur vie. Je ne crois pas qu'on soit en position d'admettre, ou ne pas admettre, ce que chacun choisit pour son cas personnel en la matière. Là où il y aurait matière à s'indigner, c'est en ce que ce choix-là serait imposé extérieurement aux intéressés. Ce qui ne me semble pas être le cas ici.
(Ah, tiens, c'est exactement ce que Lordphoenix vient de dire, en fait.)
Après, il veut une vierge pour être heureux, grand bien lui fasse. Moi je préfère les femmes expérimentées...
Là c'est moi qui ne suis pas d'accord avec toi Lordphoenix. Ce qui me gêne le plus dans cette affaire c'est qu'à la limite on s'en est plus pris à la justice qu'au type. C'est bien dans l'air du temps ce principe du "chacun fait ce qu'il veut dans son coin". Mais finalement on demande toujours à un tiers ou une institution d'intervenir quand la situation n'est plus tenable - et l'on crie au scandale quand elle ne remplie pas son office. Je n'y vois pas la liberté que l'on prétend y trouver. Nous ne sommes pas des êtres détachés les uns des autres. Un type qui fantasme sur les vierges dans son coin OK, mais il ne faut pas feindre d'ignorer tout ce à quoi cela renvoie, qui est inadmissible au XXIème siècle comme le dit la Mite.
Il y avait un slogan féministe en son temps qui disait "le privé est politique". Parce que chacun son trip mais au final on se rend compte que comme par hasard le trip il va toujours dans le même sens, au profit de qui-vous-savez et au dépend de qui-vous-savez aussi.
Le "je ne juge pas" est très à la mode, mais moi en tant qu'individu je ne peux cesser de juger - et quelque fois, de condamner. Je me dois de me positionner par rapport à ce que je vois, ce que j'entends. Et je refuse l'infantilisation qui consisterai à rejeter ça à un niveau supérieur (institution, autorité, etc.).
L'universalisme à été la misère de l'Occident (et surtout des autres peuples ;) ) mais le relativisme aveugle ne me semble pas beaucoup plus souhaitable.
Krazy Kitty > Et merde, me suis bien ridiculisé c'est ça ? :P Tant pis, je vais essayer de survivre... L'ironie me paraissait pas si évidente que ça. Le second degré textuel parfois c'est dur... Désolé en tout cas d'être monté au créneau comme un boulet.
Pour en remettre une couche, pour une fois, elle dit un truc auquel je peux adhérer. Et en plus c'est dans le Figaro. C'est pas la folaï ?
http://www.lefigaro.fr/actualite-fr...
Visiblement ça repose sur du vécu... ceci pouvant expliquer la pertinence du propos.
N'oublions pas que bien souvent, l'enfer est pavé de bonnes intentions...
Ce qui me tue c'est que certains réclament une initiative pour faire annuler le jugement ! Forcer la fille à retourner avec ce con ? La bonne idée ! Pour lui faire expier ses parties de jambes en l'air prémaritales ? En passant merci à Maître Eolas.
Nimwendil > Oh, je comprends bien que comme c'est une des premières fois que je commente ici, mon ton n'est pas aussi évident que dans les endroits que je fréquente le plus... j'aurais pu mieux faire. Sans rancune !