La Vie secrète des mites 2013-04-30T18:07:16+02:00 urn:md5:7e41fbc2f0f3923ce8a7966cbad89854 Dotclear Hidden tribe urn:md5:ae21fef93560de5055325ca0d8fd44ab 2013-04-30T19:58:00+02:00 2013-04-30T20:07:16+02:00 Mitternacht <img src="http://lasoeurkaramazov.net/public/billets/lsvm2/rainbow/hidden-tribe-3.jpg" alt="hidden-tribe-3.jpg" title="hidden-tribe-3.jpg, avr. 2013" style="margin-bottom: 1em;" /><br /> <p>Dans mon casque à ce moment là&#160;: Samael, <em>On Earth</em>.</p> <div style="clear:both; margin-bottom: 1em"> <object type="application/x-shockwave-flash" data="http://lasoeurkaramazov.net/?pf=player_mp3.swf" width="200" height="20"> <param name="movie" value="http://lasoeurkaramazov.net/?pf=player_mp3.swf" /> <param name="wmode" value="transparent" /> <param name="FlashVars" value="showvolume=1&amp;loadingcolor=ff9900&amp;bgcolor1=eeeeee&amp;bgcolor2=cccccc&amp;buttoncolor=0066cc&amp;buttonovercolor=ff9900&amp;slidercolor1=cccccc&amp;slidercolor2=999999&amp;sliderovercolor=0066cc&amp;mp3=http://lasoeurkaramazov.net/public/billets/lsvm2/rainbow/On_Earth.mp3&amp;width=200&amp;height=20" /> Fichier audio intégré</object> </div> <img src="http://lasoeurkaramazov.net/public/billets/lsvm2/rainbow/hidden-tribe-2.jpg" alt="hidden-tribe-2.jpg" title="hidden-tribe-2.jpg, avr. 2013" style="margin-bottom: 1em;" /><br /> <img src="http://lasoeurkaramazov.net/public/billets/lsvm2/rainbow/hidden-tribe-4.jpg" alt="hidden-tribe-4.jpg" title="hidden-tribe-4.jpg, avr. 2013" style="margin-bottom: 1em;" /><br /> <img src="http://lasoeurkaramazov.net/public/billets/lsvm2/rainbow/hidden-tribe-1.jpg" alt="hidden-tribe-1.jpg" title="hidden-tribe-1.jpg, avr. 2013" /> http://lasoeurkaramazov.net/post/2013/04/30/Hidden-tribe#comment-form http://lasoeurkaramazov.net/feed/atom/comments/999 Café solidaire et frites charitables urn:md5:ec98fc7e2f9cbcd236f466ee60457c37 2013-04-09T08:45:00+02:00 2013-04-09T14:51:36+02:00 Mitternacht <p>Depuis quelques jours, on entend parler d’une initiative venue d’Italie qui fait des petits un peu partout en Europe, le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Caff%C3%A8_sospeso"><em>caffè sospeso</em></a>, traduit à l’arrache par un affreux «&#160;café suspendu&#160;» ou, moins pire, par «&#160;café en attente&#160;». Si vous ne comprenez pas du tout de quoi il peut s’agir, c’est normal, ça ne veut rien dire. Le principe est simple&#160;: vous entrez dans un endroit qui vend des cafés, vous en commandez un pour vous, vous en payez deux. Le deuxième café est <em>suspendu</em>, il ira à la personne qui le demandera. C’est un geste tout simple&#160;: vous payez un café à un inconnu qui n’a pas les moyens de se l’offrir. Pour le mode d’emploi détaillé, consultez la <a href="http://www.facebook.com/pages/Les-Indign%C3%A9s-De-France/188894887829335?ref">page Facebook des Indignés de France</a>.</p> <h2>Où l’on organise la redistribution des cafés</h2> <p>Tous les articles qui en causent se ressemblent et expliquent qu’il s’agit à l’origine d’une tradition de Naples dont elle a aujourd’hui disparu. On nous dit que l’idée est reprise <a href="http://www.franceinter.fr/emission-le-56-cafe-suspendu" title="Sur France Inter">en Bulgarie</a>, <a href="http://www.avantgarde-prague.fr/sortir-a-prague/cafes-et-salons-de-the/petits-cafes-sympas/au-cafe-suspendu/" title="Sur Avant-Garde Prague">à Prague</a>, peut-être un jour <a href="http://www.rue89.com/2013/03/30/naples-a-paris-genereuse-coutume-cafe-attente-241000" title="Sur Rue 89">à Paris</a>, déjà dans le nord de la France et <a href="http://www.lesoir.be/218267/article/styles/air-du-temps/2013-04-02/cafe-%C2%ABsuspendu%C2%BB-un-cafe-solidaire" title="Sur Le Soir">en Belgique</a>. Tout le monde manifeste le même enthousiasme face à cet élan de chaleur humaine, de solidarité. J’aime bien l’idée pour deux raisons&#160;: parce que le don est anonyme, et parce qu’il s’agit d’offrir à l’autre ce qu’on s’est offert à soi – je considère donc la personne dans le besoin comme mon égale.</p> <p>L’idée marche particulièrement bien en Belgique&#160;: <a href="http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20130405_00292572">un fritkot de Bruxelles s’est même emparé du principe</a> et propose aux clients venus chercher leur dose de patates au gras d’en offrir une portion à un nécessiteux du quartier. Le client reçoit alors son paquet de frites ainsi qu’un bon pour un autre, bon qu’il remet à la personne de son choix. Et voici ce que nous dit l’article, sans doute sous le coup de l’enthousiasme face à tant de bonté d’âme et de graisses saturées&#160;:</p> <blockquote><p>L’idée d’échange est omniprésente dans l’esprit d’Éric. «&#160;Ceux qui viennent chez moi grâce à la “frite suspendue”, ils sont d’abord timides. Y a de la gêne quand même. Puis ils racontent leur histoire. C’est un peu le but aussi&#160;: faire connaissance. D’où le coupon&#160;: le contact est beaucoup plus fort que quand on donne une pièce de 2€.&#160;» Pour le généreux donateur, c’est aussi l’assurance que son geste ne sera pas transformé en alcool ou en tabac.</p></blockquote> <p>Rien ne dit que la dernière phrase reflète l’avis du tenancier du fritkot – il semble qu’il s’agisse d’un commentaire de l’auteur de l’article. Quoi qu’il en soit, elle traduit une opinion assez répandue, et ce rappel a eu l’effet d’une douche froide qui a initié une saine relecture de tout ce qui avait précédé (et l’envie de transformer un soudain accès de rage en dissertation plan 27). Je répète pour qu’on comprenne bien&#160;:</p> <blockquote><p>Pour le généreux donateur, c’est aussi l’assurance que son geste ne sera pas transformé en alcool ou en tabac.</p></blockquote> <p>Plus qu&#8217;une simple remarque, c&#8217;est presque une vision du monde qui se trouve toute entière concentrée dans cette brève phrase&#160;:</p> <ul><li>Le donateur est généreux, il faut le flatter, le remercier de cette démonstration d’humanité. J’adore quand on récompense les gens de faire leur job d’être humain. La prochaine fois que j’aide un aveugle à trouver son quai de métro dans une station à quadruple correspondance, je veux une plaque sur l’immeuble où j’ai grandi.</li> <li>Le donateur doit avoir des garanties, une assurance. Non parce que bon, on n’est pas là pour foutre l’argent par les fenêtres. Un don à un SDF, c’est un peu un placement, un investissement pour le redressement de la société et le rétablissement de l’ordre moral. Ce qui nous conduit habilement à la suite&#160;:</li> <li>Faudrait pas que le clodo aille boire ou fumer avec le sacrifice consenti par le généreux donateur.</li> </ul> <p>Là j’ai tellement à crier que je vais sortir de la liste et faire des sous-parties.</p> <h3>Mon alcoolisme est plus propre que le tien</h3> <p>Le bourgeois (d’esprit et non de revenus) qui décrète que son argent ne doit pas servir à alimenter l’addiction à l’alcool ou au tabac du clodo à qui il fait la grâce de tendre la main, est un gros hypocrite qui picole tous les jours sauf que ce qu’il boit coûte bien plus cher donc c’est chic. Pour lui, c’est un plaisir qu’il a bien mérité puisque lui, il travaille, il contribue à l’effort collectif, et puis la picole ça fait partie du patrimoine, l’Unesco l’a presque dit.</p> <p>Le pauvre lui, siffle sa Villageoise alors qu’il ne l’a même pas mérité. Au contraire, cet irresponsable picole pour oublier qu’il n’a pas de travail et qu’il ne contribue pas à financer nos porte-avions. Alors que s’il était sobre, il deviendrait instantanément productif, propre et salarié au SMIC.<a href="http://lasoeurkaramazov.net/post/2013/04/08/Caf%C3%A9-solidaire-et-frites-charitable#caf1" name="caf1b" class="note">[1]</a> Et c’est par son mérite qu’il acquerrait le droit de poser une bouteille de rouge Sélection Carrefour sur sa nappe cirée de prolétaire honnête.</p> <p>Quand on dort dehors, quand la société qui nous entoure nous fait comprendre qu’on ne vaut plus rien, quand on se prend des coups, quand on ne sait pas quand sera le prochain repas, quand aucun signe d’amélioration ne se manifeste, heureusement qu’il reste l’alcool et les clopes.</p> <h3>Je donne donc je décide</h3> <p>C’est un truc typique des rapports de dominant à dominé. En faisant mine de vouloir réduire la distance entre le faible et lui, le fort réaffirme sa posture. Ça peut se traduire de différentes manières mais là on a affaire à un cas simple&#160;: en t’apportant mon aide, j’acquiers un droit de contrôle sur ta personne. En m’abaissant jusqu’à toi, je fais de toi mon obligé, mon débiteur.<a href="http://lasoeurkaramazov.net/post/2013/04/08/Caf%C3%A9-solidaire-et-frites-charitable#caf2" name="caf2b" class="note">[2]</a></p> <p>Et du haut de cette puissance temporaire,<a href="http://lasoeurkaramazov.net/post/2013/04/08/Caf%C3%A9-solidaire-et-frites-charitable#caf3" name="caf3b" class="note">[3]</a> en dépit du fait que j&#8217;aurai oublié ton existence dans un quart d&#8217;heure, je décide de ce qui est bon pour toi. Je décide que tu n’as pas le droit de chercher le soulagement dans l’alcool ou le tabac. Je décide que tu n’as pas droit au plaisir, que tu dois faire pénitence pour ta condition de pauvre dont tu es forcément responsable (au moins en partie, réfléchis bien). Pour mériter mon argent, montre que tu en feras un usage utile et moral. Montre que tu es reconnaissant, montre que la grande vertu qui motive mon don te contamine et fais déjà de toi un être meilleur.</p> <p>Bref, tout l’inverse du don, parce que le don ne demande rien en retour, et surtout pas des comptes.</p> <h2>Compassion conditionnelle</h2> <p>Ces mécanismes sont propres à une certaine forme de charité, celle du bourgeois fier d’être ce qu’il est, aveugle devant ses privilèges, vis-à-vis du pauvre qu’on se fait un devoir d’aider. Mais en posant des conditions. Toujours cette fichue question du mérite. Il y a quelques années, une blogueuse s’est pris une tornade de caca sur la tête après avoir expliqué dans un billet qu’elle voulait bien donner à ceux qui jouaient de la musique, mais pas à ceux qui attendaient sans rien faire. Qu’ils fassent un effort, merde. Qu’ils montrent qu’ils veulent s’en sortir.<a href="http://lasoeurkaramazov.net/post/2013/04/08/Caf%C3%A9-solidaire-et-frites-charitable#caf4" name="caf4b" class="note">[4]</a></p> <p>Non, ça marche pas comme ça. On pourrait même arguer que le type qui attend sans rien faire va encore plus mal que celui qui a encore le courage de jouer de la guitare, que son état est plus critique, que son besoin d’aide est plus urgent. C’est sans doute vrai, mais ce n’est pas ce que j’essaie de dire. Dans la mesure où on ne sait rien de la vie des gens qu’on ne connaît pas, on n’est de toutes façons pas en position d’évaluer leurs besoins.</p> <p>Le don sincère ne pose pas de critères. Si j’attends du pauvre qu’il adopte tel ou tel comportement (tiens-toi droit sois digne, plains-toi un peu mais pas trop, cache ton moignon c’est obscène, dis-moi merci trois fois pas quatre et ne me culpabilise pas surtout) alors je suis une connasse et je ne suis pas du tout généreuse. Je fais mon devoir de bourgeoise.</p> <p>Si j’ai besoin que le pauvre soit une mère courage, si j’ai besoin qu’on me fasse la liste des malheurs subis, si j’ai besoin que le casier judiciaire soit vierge, si j’ai besoin que le pauvre soit présentable, alors je suis une connasse qui réserve sa compassion à quelques uns. Ma compassion ne vaut pas grand chose.</p> <p>Cette attitude est généralement appelée «&#160;charité&#160;» et on l’oppose à la «&#160;solidarité&#160;» qui, elle, est horizontale, égalitaire, sans jugement. Être solidaire d’une autre personne signifie que l’on fait partie du même groupe qu’elle. Dire de deux objets qu’ils sont solidaires signifie qu’ils ne font qu’un.</p> <p>C’est la tradition qui a fait donner à la charité le sens négatif qu’elle a aujourd’hui, et c’est bien dommage. La <em>caritas</em>, c’est l’amour fraternel, qui implique nécessairement une relation horizontale et inconditionnelle. Des siècles de condescendance du riche au pauvre ont tordu le sens du mot. Tant pis, et heureusement qu’on en a un autre.</p> <h2>Retour aux cafés, frites et sandwiches en suspens</h2> <p>Je reviens à mon fritkot d’abord, à mes cafés ensuite. Comme je le disais plus haut, cette bête phrase m’a mise hors de moi en trois dixièmes de seconde (en plus il était tôt) et m’a sortie de la torpeur complaisante avec laquelle je contemplais les récits de trucs suspendus.</p> <h3>Pourquoi un bon&#160;?</h3> <p>Un fritkot c’est une barraque à frites, c’est ouvert, y a rien pour s’asseoir. On commande, on paye, on s’en va avec ses frites sauce samouraï et son poulicrok emballé dans du papier. Si tu es d’humeur à payer son déjeuner au gars sur le banc là-bas qui a l’air de s’emmerder grave à attendre que la journée passe avant qu’une autre s’en vienne, tu commandes deux frites et deux poulicroks et tu vas lui porter sa part. En plus avec le temps qu’il fait en ce moment, n’importe qui est content d’avoir un paquet de frites chaudes dans les mains. Bon appétit bonne journée civilités d’usage. </p> <img src="http://lasoeurkaramazov.net/public/billets/lsvm2/Fritkot_nb.jpg" alt="Barraque à frites bruxelloise typique et pittoresque"/> <p class="caption">Le fritkot, ce temple du gras. Photo de <a href="http://www.flickr.com/photos/fabonthemoon/">Fabonthemoon</a> sous licence CC nc-by-sa</p> <p>Pourquoi mettre un bon entre les frites et le gars-qui-a-faim&#160;? Si j’ai des frites dans les mains et que je donne un bon pour une frite à un gars alors que le fritkot est à 10&#160;mètres, n&#8217;ai-je pas l’air suprêmement conne&#160;? Il faut vraiment que je demande au type d’aller se confronter, avec son bon idiot, aux clients qui payent, au tenancier du fritkot&#160;? Si mon intention de base c’est de faire en sorte qu’il déjeune aussi bien que moi, sans qu’il ait eu à demander quoi que ce soit, pour quelle raison tordue vais-je d’un coup, avec un bon à la con, le contraindre à demander ses frites&#160;? Tiens gars, dans mon immense générosité, je vais te confronter deux fois à ta condition de pauvre, parce qu’une seule fois ne suffit pas à me conforter dans ma position de généreuse donatrice.</p> <div class="edit"> <h4>Edit du 9 avril 2013</h4> <p>Sur Twitter, <a href="https://twitter.com/KrysaliaH">Krysalia</a> me fait remarquer que le bon permet à son bénéficiaire de profiter de sa frite quand il en aura envie. Je n&#8217;avais pas vu la chose comme ça du tout, et ça justifie effectivement le système. C&#8217;est probablement l&#8217;intention du propriétaire du fritkot d&#8217;ailleurs. Merci à elle de m&#8217;avoir ouvert les yeux sur ce point&#160;!</p> </div> <h3>Ne jetons pas le bébé avec l&#8217;eau du bain (ça crée des problèmes)</h3> <p>Je n’aime pas trop l’attitude qui consiste à regarder comme suspecte par défaut toute initiative généreuse et ce n’est pas du tout ce que je cherche à faire ici. C’est la remarque sur l’alcool et le tabac qui m’a mise hors de moi. Il faut néanmoins garder à l&#8217;esprit qu&#8217;être celui qui possède quelque chose et le donne à celui qui manque, c&#8217;est être objectivement en position de force, même si on n’en conçoit aucun sentiment de supériorité. Cela implique un série de questions&#160;: est-ce que mon geste renforce l’inégalité ou l’aplanit&#160;? Est-ce que je rends service ou est-ce que j’humilie&#160;? Le nombre de maladresses et d’humiliations qu’on peut infliger en toute bonne foi, c’est dingue. Je sais de quoi je parle, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai rétrospectivement voulu m’enfoncer mes bonnes intentions dans le fond de la gorge.</p> <p>Le café, le sandwich suspendus payés à l’avance dans un troquet, c’est aussi un moment dans un endroit chaud pour quelqu’un qui est dehors. J’aime surtout l’idée que le donateur ne choisisse pas le bénéficiaire de son don, à mon avis c’est la vraie force de la démarche. Celui qui en a envie le demandera, moi je ne sais pas qui a besoin de quoi.</p> <p>Après, si on veut payer un café, une frite, un sandwich, un bière ou même tout ça en même temps à quelqu’un qui a l’air d’avoir faim et pas d’argent, on va les chercher et on les donne. C’est facile. Nul besoin d’un système ou de bons, nul besoin que le vendeur de bouffe nous prenne par la main et se fasse soupçonner d’augmenter ses ventes sur le dos de la charité.<a href="http://lasoeurkaramazov.net/post/2013/04/08/Caf%C3%A9-solidaire-et-frites-charitable#caf5" name="caf5b" class="note">[5]</a></p> <p>Et si ça ne le dérange pas, on peut même manger sa frite-poulicrok sur le banc avec le gars et lui faire la conversation parce qu’on est bien élevé.</p> <ol class="note"> <li id="caf1">Car c’est bien connu, s’il y a du chômage c’est parce que les pauvres ne font pas l’effort de chercher les emplois (qui les attendent pourtant, tels des oeufs de Pâques astucieusement dissimulés dans les plantes vertes par les <del>patrons</del> parents attendris). <a href="http://lasoeurkaramazov.net/post/2013/04/08/Caf%C3%A9-solidaire-et-frites-charitable#caf1b">[Retour]</a></li> <li id="caf2">Mécanisme analogue dans un tout autre domaine&#160;: le «&#160;Hé mademoiselle t’es charmante&#160;!&#160;», traditionnellement suivi de «&#160;Pourquoi tu me réponds pas salope&#160;». <a href="http://lasoeurkaramazov.net/post/2013/04/08/Caf%C3%A9-solidaire-et-frites-charitable#caf2b">[Retour]</a></li> <li id="caf3">À la relecture je me rends compte que ça signifie, à peu de choses près, que des gens estiment à 2€ le libre-arbitre d’un SDF. <a href="http://lasoeurkaramazov.net/post/2013/04/08/Caf%C3%A9-solidaire-et-frites-charitable#caf3b">[Retour]</a></li> <li id="caf4">Le capitalisme et la morale protestante puritaine nous ont bien bouffé le cerveau.<a href="http://lasoeurkaramazov.net/post/2013/04/08/Caf%C3%A9-solidaire-et-frites-charitable#caf4b">[Retour]</a></li> <li id="caf5">Je reproche pas mal de choses à cette démarche mais je suis convaincue que le vendeur de frites n’a pas pensé à son intérêt. Je pense qu’il est sincère et content de créer un prétexte au dialogue.<a href="http://lasoeurkaramazov.net/post/2013/04/08/Caf%C3%A9-solidaire-et-frites-charitable#caf5b">[Retour]</a></li> </ol> http://lasoeurkaramazov.net/post/2013/04/08/Caf%C3%A9-solidaire-et-frites-charitable#comment-form http://lasoeurkaramazov.net/feed/atom/comments/996 Fin de longue hibernation urn:md5:00f2ad59c49ece1f5df3336eefa1e26f 2013-04-09T08:40:00+02:00 2013-04-09T08:52:00+02:00 Mitternacht <p>Ça fait un méchant bout de temps que je n’ai pas publié sur ce blog (ni où que ce soit d’autre, d’ailleurs), et si je suis honnête la raison est simple et s’appelle Twitter (et Tumblr aussi un peu). Tout comme le blog auparavant, Twitter me permet de diffuser des liens, de réagir à chaud, de rester en contact avec des gens et de faire des blagues pourries&#160;; les 140 signes forcent à la concision, et quand on voit la profondeur des pensées qui nous traversent la plupart du temps, c’est plutôt une saine restriction.</p> <p>Et puis il y a tous les cas où ça ne suffit pas, les sujets qui exigent précautions, explications, préambules et notes de bas de page. Pointer du doigt et dire «&#160;Ça me met en colère&#160;» est une chose, expliquer pourquoi en est une autre, proposer une solution une troisième plus vaste encore – et à laquelle je ne m&#8217;essaierai pas souvent. À titre strictement personnel, écrire m’aide aussi vachement à ordonner ma pensée qui, à l’état brut, a plutôt l’aspect d’un tsatsiki.</p> <p>Bref, le contenu de ce blog n’a d’autre prétention que de recueillir de façon un peu organisée les opinions et les questions qui m’envahissent. Je n&#8217;ai gardé que les quelques billets avec lesquels je suis toujours d&#8217;accord et qui me semblent garder un relatif intérêt. Le ménage a été assez drastique mais qu&#8217;on se rassure, l&#8217;Ode à la bière est toujours là, indispensable à l&#8217;ambiance de cette <em>chambre à moi</em>.</p> http://lasoeurkaramazov.net/post/2013/04/08/Fin-de-longue-hibernation#comment-form http://lasoeurkaramazov.net/feed/atom/comments/997 Prise d’otage programmée urn:md5:2d10b341e8923ce9a76a7e28961973a5 2010-10-08T00:59:00+02:00 2013-04-04T10:43:59+02:00 Mitternacht C'est mon avis et je le partage <p>Un groupuscule privilégié va une fois de plus tenter de prendre la France en otage, empêchant de se rendre à leur lieu de travail tous ceux qui sont conscients de la chance qu&#8217;ils ont d&#8217;avoir un emploi dans la difficile conjoncture actuelle, et moi, gauchiste aveugle, idéaliste, bien-pensante et — c&#8217;est pire que tout — parisienne nourrie au bio et à l&#8217;équitable, je me joins à eux dans l&#8217;allégresse et reprends les slogans appelant à la paralysie de notre économie.</p> <p>Je suis bien plus privilégiée que n&#8217;importe quel agent de la fonction publique, je suis indépendante. Je suis à la tête d&#8217;une entreprise individuelle auto-gérée. Quand je choisis de passer l&#8217;après-midi dans les rues plutôt que devant mon ordi, je ne perds pas un centime. Le travail que je ne fais pas à ce moment-là, je l&#8217;ai déjà fait, ou bien je le ferai plus tard. Je ne risque pas d&#8217;irriter mes supérieurs, je n&#8217;en ai pas. Je ne crains pas de me faire licencier abusivement pour une faute professionnelle fictive. Au pire, mes clients habituels s&#8217;agaceront un peu, mais au final c&#8217;est plutôt une bonne chose, j&#8217;aime bien leur rappeler régulièrement que je ne suis pas leur employée. Mieux encore&#160;: je n&#8217;ai rien à craindre d&#8217;une grève des transports.<a href="http://lasoeurkaramazov.net/post/2010/10/08/Prise-d-otage-programm%C3%A9e#pri1" name="pri1b" class="note">[1]</a> Je travaille chez moi. Je vis à Paris. Si je prends le métro, c&#8217;est par flemme, ou parce que je suis en retard.</p> <p>Mais qui suis-je alors pour parler&#160;? Moi qui n&#8217;ai rien à craindre quand l&#8217;économie se casse la figure&#160;? Moi qui ne passerai pas quatre heures de ma journée à attendre des trains bondés, et qui n&#8217;aurai pas à essuyer les reproches d&#8217;un supérieur qui s&#8217;en fout complètement puisqu&#8217;il vient au bureau en BMW&#160;? Moi qui ne me demande pas quoi faire des enfants que je n&#8217;ai pas quand les instits se mettent en grève&#160;?</p> <p>Et puis, au nom de quoi est-ce que je me prétendrais solidaire de gens dont je ne partage pas la réalité&#160;? Je ne suis pas syndiquée, je ne suis pas aux prises avec une hiérarchie, mon travail est tout sauf pénible, je ne crains pas les fermetures d&#8217;usine, je gagne bien plus que le smic — <em>et si je travaille plus, je gagne plus.</em></p> <p>Bref, je suis si privilégiée que c&#8217;en est indécent. J&#8217;irai même jusqu&#8217;à dire que je dois cette position enviable à mes efforts, mes semaines de 45 ou 50 heures, beaucoup d&#8217;abnégation (l&#8217;essentiel de ce que je traduis est chiant comme la pluie, je le rappelle), mon mérite, en somme (applaudissements de l&#8217;aile droite<a href="http://lasoeurkaramazov.net/post/2010/10/08/Prise-d-otage-programm%C3%A9e#pri2" name="pri2b" class="note">[2]</a>).</p> <p><em>Et c&#8217;est justement pour ça que je me joins aux manifestations.</em></p> <p>Tous ceux qui ont écopé de la masse d&#8217;emplois sans intérêt, épuisants, et néanmoins indispensables pour faire tourner le système actuel, ceux-là qui ne peuvent pas se permettre une journée de grève parce que leur salaire est déjà insuffisant, ils méritent plus que les autres de prendre leur retraite le plus vite possible.</p> <p>Tous ceux qui travaillent dans le privé et subissent les grèves des transports en se plaignant d&#8217;être pris en otage, parce qu&#8217;on leur a fait oublier que le droit de grève, c&#8217;est aussi <em>leur</em> droit, tous ceux qu&#8217;on manipule par la précarité de leur emploi et la peur du chômage, à qui on fait croire que dans le tertiaire privé, «&#160;ça ne se fait pas&#160;», ceux-là qu&#8217;on appelle vertueux et que l&#8217;on dresse contre les grévistes irresponsables, pour les rassurer, les encourager à rester de bons salariés, ceux-là aussi méritent de prendre leur retraite en temps et en heure après avoir donné des dizaines d&#8217;années à des entreprises qui manquent tant de considération pour eux qu&#8217;elles en piétinent les droits les plus élémentaires.</p> <p>Je me joins aux prétendus privilégiés<a href="http://lasoeurkaramazov.net/post/2010/10/08/Prise-d-otage-programm%C3%A9e#pri3" name="pri3b" class="note">[3]</a> qui peuvent encore faire vivre ce fondement essentiel qu&#8217;est le droit de grève, par solidarité avec eux, et avec tous ceux qui pensent être déchus de ce droit. Le gouvernement s&#8217;attache, entre autres choses peut-être plus graves encore mais ce n&#8217;est pas le propos, à dissoudre le Code du travail dans les fantasmes de flexibilité du Medef. Aujourd&#8217;hui, on cause retraites. Mais plus largement, on s&#8217;en va vers une précarisation du travail qui rendra impossible toute initiative de contestation. Et c&#8217;est un cercle vicieux&#160;: plus le Code du travail sera abîmé, et moins il sera possible de se dresser contre cette évolution. Il est urgent de rappeler au gouvernement et à tous ceux qui pensent que ce sont les chefs d&#8217;entreprise qui produisent les richesses, qu&#8217;en réalité ce sont les millions de salariés qui font tourner le système, et que sans ces millions de têtes et de paires de bras, ils ne sont rien. Tandis que l&#8217;inverse&#8230; c&#8217;est une toute autre histoire.</p> <p>PS&#160;: À des fins purement documentaires, un extrait de l&#8217;édito de Franz-Olivier Giesbert dans <a href="http://issuu.com/lepoint/docs/lepoint1986">Le Point du 7 octobre</a>&#160;:</p> <blockquote><p>Jadis, nous naissions anciens combattants. Aujourd&#8217;hui, nous sommes grévistes de père en fils. Surtout là où l&#8217;emploi est sûr, comme à la RATP, à la SNCF ou à Marseille, où les dockers font tout pour naufrager leur port […]. C&#8217;est pourquoi tant d&#8217;entre nous tiennent comme à la prunelle de leurs yeux à la retraite à 60&nbsp;ans. Que nous soyons seuls au monde à la conserver, c&#8217;est bien la preuve qu&#8217;une fois encore, nous avons raison…</p></blockquote> <p>Non rien, c&#8217;est tout.</p> <ol class="note"> <li id="pri1">Ok, ça tombe pendant Paris-Web. Mais si vous regardez bien, Paris-Web c&#8217;est à 30 minutes à pinces de la Défense, et je doute que la Défense soit totalement inaccessible pendant les grèves. <a href="http://lasoeurkaramazov.net/post/2010/10/08/Prise-d-otage-programm%C3%A9e#pri1b" class="note">[retour]</a></li> <li id="pri2">Ne leur dites pas que c&#8217;est par dégoût spontané et profond pour le monde de l&#8217;entreprise que je me trouve si bien à ma place.<a href="http://lasoeurkaramazov.net/post/2010/10/08/Prise-d-otage-programm%C3%A9e#pri2b" class="note">[retour]</a></li> <li id="pri3">Le savais-tu&#160;? Selon la police, 63,4% des villas de Saint Tropez sont des résidences secondaires de cheminots. Les enseignants, eux, préfèrent les rives du Lac Léman. <a href="http://lasoeurkaramazov.net/post/2010/10/08/Prise-d-otage-programm%C3%A9e#pri3b" class="note">[retour]</a></li> </ol> Soutien à Ilham Moussaïd urn:md5:d33f5188a49ddfd57ea30f3978b93fba 2010-02-08T17:18:00+01:00 2013-04-04T11:27:12+02:00 Mitternacht C'est mon avis et je le partage <p><em>Préambule précautionneux (pour une fois)&#160;: je ne soutiens pas le NPA, je trouve qu&#8217;Olivier Besancenot est un con.</em></p> <p>En toute honnêteté, je n&#8217;arrive pas à comprendre pourquoi tout le monde pousse les hauts cris devant le voile de mademoiselle Moussaïd, étudiante de 22 ans, trésorière du NPA dans le Vaucluse et candidate aux régionales.</p> <p>Je vous fais un bref résumé. La demoiselle en question, manifestement saine de corps et d&#8217;esprit, a décidé de s&#8217;engager en politique pour défendre les quartiers populaires de son coin. Elle est musulmane, elle porte le voile (le voile normal, celui d&#8217;avant qu&#8217;on invente la burqa dans les médias), sauf pour aller à la Fac et pour aller bosser (parce qu&#8217;elle est en relation avec le public, explique-t-elle). Elle est anti-capitaliste, elle a rejoint le NPA, elle figure sur une liste pour les régionales.</p> <p>Si vous êtes pris de convulsions à ce stade du billet, allez boire un petit verre d&#8217;eau et récitez trois fois la loi de 1905 sur la séparation de l&#8217;Église et de l&#8217;État (qui, je vous le rappelle, n&#8217;est menacée que par Nicolas Sarkozy). Ensuite, prenez vos petits doigts et expliquez-moi le problème dans les commentaires, parce que je ne comprends pas.</p> <p>En effet, je doute que tout le monde se roule par terre en se tenant le ventre uniquement parce que la foi d&#8217;Ilham Moussaïd ferait sans doute se retourner Marx dans sa tombe. Tout le monde se fout généralement du respect du grand Karl et de ce cher Léon, au visage desquels les ceusses qui nous gouvernent crachent bruyamment tous les matins. En outre, l&#8217;événement m&#8217;a permis d&#8217;apprendre que le Nouveau Parti Anticapitaliste comptait dans ses rangs un certain nombre de bigots softs de toutes obédiences. Surtout, je pense que ça regarde uniquement les membres du NPA.</p> <p>D&#8217;où je conclus habilement que le problème c&#8217;est le voile. «&#160;Contraire aux valeurs de la République&#160;», nous dit-on. Ah bon&#160;? Être croyant et pratiquer son culte sans troubler l&#8217;ordre public, c&#8217;est contraire aux valeurs de la République&#160;? Cette jeune femme porte le voile librement, sans contrainte, elle exerce une liberté fondamentale de notre constitution, la liberté de culte. Les hommes et femmes politiques ne sont pas plus en dessous des lois qu&#8217;ils ne sont au-dessus. Si Ilham Moussaïd a le droit de porter le voile pour aller voter, elle peut bien le porter pour se faire élire.</p> <p>Ceux qui dénoncent une manipulation ou de la provocation de la part du NPA font, selon moi, insulte à la compétence et aux motivations d&#8217;Ilham Moussaïd. Est-il impensable qu&#8217;elle ait une place légitime au sein de cette liste&#160;? Et si, en choisissant de porter le voile pendant la campagne, Ilham avait simplement souhaité se montrer honnête, intègre et transparente devant les électeurs et ceux qu&#8217;elle veut représenter&#160;? Si elle affirmait tout simplement par là qu&#8217;elle était à l&#8217;aise avec l&#8217;idée d&#8217;être française, musulmane, étudiante, impliquée dans la vie politique, bref, un exemple parfait de ce qu&#8217;il est convenu d&#8217;appeler l&#8217;<em>intégration</em>&#160;? Enfin, quand bien même sa candidature aurait été le fruit d&#8217;un calcul, ne faudrait-il pas alors feindre d&#8217;ignorer complètement la chose pour éviter de faire la publicité du NPA d&#8217;une part, de l&#8217;intolérance nationale d&#8217;autre part&#160;?</p> <p>De deux choses l&#8217;une&#160;: soit, dans cette affaire, l&#8217;Islam est directement visé, auquel cas ça craint, soit l&#8217;on s&#8217;en va vers une société où toute manifestation religieuse, aussi discrète et muette soit-elle, est à bannir au nom d&#8217;un laïcardisme déplacé, auquel cas ça craint aussi. La dérive est puissante, rapide et violente.</p> <p>PS&#160;: Je m&#8217;aperçois, en me relisant, que je n&#8217;ai pas abordé la question du rapport entre voile et féminisme. Ilham Moussaïd a notamment précisé qu&#8217;elle ne se sentait ni opprimée ni dégradée par le voile, qu&#8217;il s&#8217;agissait pour elle de l&#8217;expression de son culte. Être féministe, c&#8217;est aussi laisser les femmes faire ce qu&#8217;elles pensent juste de leur corps et affirmer tout ce qu&#8217;elles sont, en toute liberté.</p> Pour le retour du courrier des lecteurs urn:md5:997f4455bb8f6b47ccc18c06ff1c944f 2009-10-11T01:24:00+02:00 2013-04-04T11:26:56+02:00 Mitternacht C'est mon avis et je le partage <p>Nous autres occidentaux avons une tendance à classer les choses en deux catégories&#160;: les choses bien, et les choses pas bien. Et en général, c&#8217;est assez radical, au point que, par exemple, si l&#8217;on a un ami de droite, il convient en société de s&#8217;excuser en précisant qu&#8217;il est villepiniste, très ouvert d&#8217;esprit, et pour le mariage gay. Parce qu&#8217;être de droite, c&#8217;est pas bien.</p> <p>Là, vous m&#8217;arrêtez en me traitant de sale gauchiste à tendance stalinisante. C&#8217;est juste que je n&#8217;ai pas fini ma phrase (je ne suis pas sale). Comme l&#8217;exemple ci-dessus le démontre avec brio, <em>ça dépend de quel côté on se place</em>. Certes, mais admettez que cela ne fait toujours que deux côtés, et que le côté d&#8217;en face est forcément pas bien.</p> <p>Cette manie se manifeste sous sa forme la plus brute dans une des pires inventions du XXIe siècle&#160;: les commentaires sous les articles de journaux en ligne. Les commentateurs aiment passionnément faire rentrer les choses dans les cases <em>bien</em> et <em>pas bien</em>, et comme ils ne sont pas d&#8217;accord, ils s&#8217;écharpent à qui mieux mieux, tandis que les ceusses qui trouvent que deux cases, ça manque un peu de subtilité, ont déserté la place depuis longtemps.</p> <p>Car s&#8217;il y a une chose que le commentateur déteste plus encore que ses adversaires du camp d&#8217;en face, c&#8217;est l&#8217;avis nuancé. Celui qui dit que Polanski n&#8217;est pas juste un génie du cinéma poursuivi par un psychopathe ou un immonde pédophile protégé par l&#8217;élite intellectuelle, mais que c&#8217;est une situation de droit complexe qui engage plusieurs acteurs. Celui qui dit que le communisme chinois n&#8217;est pas qu&#8217;une monstrueuse dictature liberticide ou &#8230; (ah non là le camp d&#8217;en face s&#8217;est évanoui dans la nature il y a quelques années), mais que ce régime autoritaire a tout de même fait entrer un pays dans la modernité et sorti une bonne partie de sa population de la famine et de la misère, et que sans lui notre mode de vie occidental ne serait pas ce qu&#8217;il est.</p> <p>C&#8217;est très simple&#160;: si vous laissez un avis nuancé dans les commentaires d&#8217;un article, avis que vous aurez pris soin d&#8217;argumenter et de documenter, tout en préservant sa concision, il y a de fortes chances pour qu&#8217;il ne se passe rien du tout. Personne ne prendra la peine de vous lire, encore moins de vous répondre. Pourquoi&#160;? Parce qu&#8217;il est impossible d&#8217;identifier en moins de deux secondes dans quel camp vous vous placez, si vous êtes ami ou ennemi. Tandis que si vous laissez un commentaire du genre &#8220;<em>les soutiens à ce porc de mitterand sont ignobles&#160;!</em>&#8221; (authentique) ou prêchez le retour de la peine de mort, vous avez toutes les chances de recevoir une bonne quinzaine de félicitations et d&#8217;insultes godwinisantes.</p> <p>Nous avons tous une tendance naturelle à ce type de réaction. C&#8217;est une réaction d&#8217;humeur, pulsionnelle, humaine, l&#8217;expression de nos bas instincts. Il suffit en général de respirer un bon coup, d&#8217;attendre quelques secondes (ou quelques heures au besoin), pour retrouver l&#8217;usage de son cerveau et, sinon émettre un avis plus pondéré, au moins de s&#8217;abstenir. Tout le monde est capable de cela. Le problème se trouve plus, à mon avis, dans le principe même de commentaire que chez les commentateurs.</p> <p>Par son côté immédiat, le formulaire de commentaire ouvre grand les bras aux réactions pulsionnelles et non réfléchies. Ensuite, ces réactions pulsionnelles et lapidaires suscitent d&#8217;autres réactions chez les membres du camp d&#8217;en face. C&#8217;est un cercle vicieux, auto-alimenté. À l&#8217;heure où j&#8217;écris, il y a 801 commentaires sur un article consacré à Frédéric Mitterand dans Libé. Ils sont tous plus consternants les uns que les autres. Et je ne parle même pas du sujet même de l&#8217;article (la lettre de témoignage, pas son bouquin), dont l&#8217;existence même pourrait faire l&#8217;objet d&#8217;un billet plus long que celui-ci encore.</p> <p>Dans les journaux en ligne, les commentateurs n&#8217;apportent rien. Rétablissons le principe de courrier des lecteurs. En mettant un obstacle minime à la l&#8217;expression de la réaction, on est à peu près certain d&#8217;en éliminer 90% et d&#8217;assurer un minimum de qualité aux 10% restants. D&#8217;abord parce qu&#8217;il ne s&#8217;agit plus de faire savoir son indignation à la communauté des lecteurs, mais de s&#8217;adresser à une rédaction. Je pense que réduire drastiquement le lectorat potentiel du commentaire suffit à en annuler l&#8217;intérêt pour beaucoup de commentateurs qui cherchent avant tout la confrontation. Voilà pour 80%. </p> <p>Ensuite, sur les 20% restants, la moitié va s&#8217;abstenir, parce que le délai nécessaire à la rédaction d&#8217;un email va leur donner le recul qui fait que l&#8217;on s&#8217;abstient quand on n&#8217;a pas les compétences requises pour porter un jugement équitable. Et l&#8217;autre moitié va mettre à profit la distance et le temps de l&#8217;écrit pour argumenter et/ou pondérer sa réponse.</p> <p>Évidemment, je suis parfaitement libre de ne pas lire ces commentaires, et j&#8217;exerce ce droit assidûment. Mais je trouve excessivement dommage que ces commentaires soient considérés comme des archétypes de la modalité d&#8217;expression sur Internet, alors que tant de gens s&#8217;attachent à exposer sur leurs blogs des points de vue intéressants et réfléchis (qu&#8217;on soit ou non d&#8217;accord avec naturellement). À cause de tout le bruit que ces commentaires génèrent, on décrédibilise Internet comme médium d&#8217;expression. Or, c&#8217;est certainement le medium le plus démocratique, il est précieux et doit être traité avec respect. Au nom du rapport signal/bruit, fermez les commentaires des journaux, s&#8217;il vous plaît.</p> Un milliard trois cent millions urn:md5:54cb8b3fd7dc67bcefa1519038b063d6 2008-08-10T12:08:00+02:00 2013-04-04T10:24:33+02:00 Mitternacht C'est mon avis et je le partage Chinediversitépolitique monde <p>La République populaire de Chine est un pays potentiellement aussi puissant qu&#8217;il est grand. C&#8217;est la première fois dans notre histoire moderne que le nombre fait à ce point la force (<a href="http://lasoeurkaramazov.net/post/2008/08/10/Un-milliard-trois-cent-millions#unm1">1</a>). Là, ils nous font les Jeux Olympiques, et ils sont bien décidés à nous montrer qu&#8217;effectivement, ils sont plein, ils sont forts, et ils ont très envie de gagner, le tout <em>à la Chinoise</em>.</p> <p>D&#8217;un autre côté, nous avons une tripotée de pays occidentaux qui sont partagés entre faire des affaires avec le nouveau Géant et faire attention quand même parce qu&#8217;il ne faut pas se faire piquer la place de Numéro 1. Dans ces pays occidentaux, des gens qui n&#8217;ont pas d&#8217;intérêts économiques en Chine (genre vous, moi, et 95% des Occidentaux) voient plutôt que les méthodes du gouvernement chinois craignent un max&#160;: censure, peine de mort, prisonniers politiques, anéantissement de la culture tibétaine, etc. Ces deux problématiques ne sont jamais abordées ensemble, et ce n&#8217;est pas les tentatives de ventes d&#8217;airbus à la Chine qui me contrediront.</p> <p>Jusqu&#8217;ici, on est d&#8217;accord. Mais ça ne va pas durer, j&#8217;en ai bien peur. La Chine dépasse nos conceptions dans tellement d&#8217;aspects que j&#8217;entends depuis plus de deux ans des litanies de lieux communs et de préjugés sur les Chinois, et ça me met quand même pas mal hors de moi, je dois l&#8217;avouer. En effet, j&#8217;ai l&#8217;impression que tout le monde interprète la Chine à l&#8217;aune de son régime actuel, ce qui n&#8217;est pas très sympa pour ces 1&#160;300&#160;000&#160;000 Chinois qui ont chacun leur vie, leur personnalité et leur point de vue.</p> <h2>Petit rappel en chiffres</h2> <p>La Chine c&#8217;est, entre autres&#160;:</p> <ul><li>1&#160;300&#160;000&#160;000 habitants</li> <li>56 ethnies</li> <li>6000 ans d&#8217;histoire</li> <li>1 pays</li> </ul> <p>Je pense que déjà, là, on a de bonnes raisons d&#8217;adopter la &#171;&#160;Wait and see&#160;&#187; attitude. Pour comprendre la Chine, il va falloir un peu plus qu&#8217;un Envoyé Spécial sur les usines de jouets qui empoisonnent les enfants et les acrobates des cirques arrachés à leur parents dans les campagnes à l&#8217;âge de 4 ans. Nous ne savons pas ce que deviendrait un pays occidental de plus d&#8217;un milliard d&#8217;habitants. Aucun pays d&#8217;Europe ou d&#8217;Amérique n&#8217;a réussi à réconcilier 56 ethnies. Quant à l&#8217;histoire, ben la Chine commençait à être la Chine à l&#8217;heure où nous sortions du néolithique.</p> <h2>Top 5 des préjugés les plus tendances sur les Chinois</h2> <p>Car non, tout ce que nous voyons de la Chine n&#8217;est pas le pur produit des manipulations du Parti, c&#8217;est aussi le fruit d&#8217;une culture extrêmement riche et différente de la nôtre.</p> <h3>Les Chinois sont lavés du cerveau par le Parti</h3> <p>Non. Faut pas les prendre pour des imbéciles. On a tendance à se dire qu&#8217;il y a une poignée de valeureux dissidents et un océan de victimes. Erreur. Je suppose qu&#8217;il y a une grosse majorité de Chinois qui s&#8217;en fout un peu. Une grosse majorité de gens qui vit correctement. À part chez les éclairés, sachez que c&#8217;est la faim qui aiguise la conscience politique.</p> <p>&#171;&#160;Oui mais à la télé les gens ils arrêtent pas de dire qu&#8217;ils sont heureux grâce au Parti&#160;!&#160;&#187; C&#8217;est la télé mes enfants. Ça veut dire que le journaliste, qui a un truc à démontrer, a fait son boulot comme d&#8217;habitude&#160;: il a posé des questions complètement biaisées, a soigneusement sélectionné les témoignages, et a fait le doublage avec quatre mots de vocabulaire. Sachez aussi que les Chinois ne sont pas fous, ils vont pas dire que Hu Jintao sent des pieds à la télé. Y a la peine de mort dans ce pays.</p> <p>Enfin, si vous habitiez dans un pays où un Parti s&#8217;occupe de tout depuis que vous êtes gosse, et que finalement, pour votre nombril, ça a plutôt bien marché, peut-être que vous le trouveriez bien, ce Parti. </p> <h3>Bouh t&#8217;as vu tous ces enfants dans la Cérémonie d&#8217;ouverture&#160;? Ils les enrôlent tout petits&#160;!</h3> <p>Oui, il y avait plein d&#8217;enfants dans la Cérémonie d&#8217;ouverture des JO. Mention spéciale à la petite fille qui accompagnait le pianiste Liang Liang et qui se curait le nez avec un grand sourire à chaque fois que la caméra la regardait (il ne semble pas qu&#8217;elle ait été fusillée pour ça).</p> <p>Il faut savoir que dans beaucoup de cultures asiatiques, l&#8217;enfant n&#8217;est pas considéré comme chez nous. Allez au Japon, c&#8217;est la même chose. L&#8217;enfant est un symbole fort d&#8217;avenir et de renouveau. Il appartient déjà à la société, alors que chez nous il relève uniquement de la sphère familiale jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il trouve un travail, environ. En Chine et au Japon (ailleurs dans le monde aussi, hein), il n&#8217;est pas rare que trois générations vivent dans la même maison. Le lien entre les générations est une chose fondamentale pour ces cultures, ce qui n&#8217;est d&#8217;ailleurs certainement pas étranger à la pérennité de la Chine. Donc on ne cache pas les enfants, on les montre, parce qu&#8217;on y croit.</p> <h3>Ils disent qu&#8217;ils sont communistes, mais ils sont bien contents de devenir très riches</h3> <p>On a dit &#171;&#160;communistes&#160;&#187;, pas &#171;&#160;franciscains&#160;&#187;. En Chine, comme dans tous les pays du monde, il y a des gens qui aiment passer 15 heures par jour à remplir un compte en banque. Ils ont le droit depuis peu, ils en profitent, rien de scandaleux. Pour ceux qui cherchent le communisme, vous le trouverez dans le contrôle de l&#8217;économie par l&#8217;État et dans la notion très spéciale que la Chine a de la propriété privée. c&#8217;est assez convaincant.</p> <p>Notez que cette phrase pleine d&#8217;aigreur est une spécialité américaine. La Chine se développe à vitesse grand V en appliquant les méthodes de là-bas, et ils sont en train de les griller. Je vous rappelle que les États-Unis n&#8217;ont jamais complètement terminé la Guerre froide et que le communisme c&#8217;est pire qu&#8217;une MST chez eux.</p> <h3>Dans les campagnes, les Chinois sont très pauvres et très malheureux</h3> <p>La pauvreté est une notion relative. Elle dépend de tout un tas de facteurs et de critères subjectifs. Pour la grande majorité des habitants de cette planète, on cesse d&#8217;être pauvre dès qu&#8217;on a un toit sur la tête et une assiette pleine pour chaque membre de la famille, et qu&#8217;on se dit que demain ce sera la même chose.</p> <p>Effectivement, un paysan chinois serait dans la misère en France, parce que les sociétés de consommation sont ainsi faites qu&#8217;elles rendent la vie impossible à ceux qui en sont exclus. Dans d&#8217;autres pays du monde, on peut joindre les deux bouts sans fioritures, sans pour autant que la précarité nous guette. Et quand on est libéré de la peur de la précarité, on peut se consacrer à plein d&#8217;autres choses purement culturelles qui rendent la vie agréable.</p> <p>Attention, je ne suis pas en train de dire qu&#8217;il n&#8217;y pas de pauvres en Chine, juste de rajuster une perception. J&#8217;ai vu plusieurs fois dans des reportages sur la Chine ce genre d&#8217;échange&#160;:<br /> — Non, on s&#8217;en sort bien, notre fille va partir faire ses études, on a une maison confortable et l&#8217;année dernière on s&#8217;est acheté une télé.<br /> — Oui mais quand même, vous seriez plus heureux si vous étiez plus riche, non&#160;?<br /> Et oui, beaucoup de gens ne se considèrent pas pauvres même s&#8217;ils n&#8217;ont pas accès à tout ce qui compose pour nous le confort moderne. Enfin, sachez que d&#8217;après les <a href="http://www.chine-informations.com/actualite/environ-millions-de-chinois-vivent-toujours-sous-le-seuil-de_3484.html">statistiques officielles</a>&#160;:</p> <blockquote><p>La population dans le dénuement le plus complet a réduit de 250 millions à 26 millions durant la période de 1978 à 2004.<br /> Les pauvres dans les régions rurales représentaient 3,1% de la population totale rurale du pays en 2004, contre 30,7% en 1978.</p> </blockquote> <h3>Pour arriver à ça, il faut une discipline militaire</h3> <p>Par exemple, en parlant des acrobates des cirques, des gymnastes et des patineurs artistiques. C&#8217;est marrant, quand il s&#8217;agit de nos gymnastes à nous, on dit <em>discipline de fer</em> avec de l&#8217;admiration dans la voix. Dès qu&#8217;il s&#8217;agit de la Chine ou d&#8217;un pays pas démocratique, on fait tout de suite le rapprochement avec l&#8217;armée. Je rappelle, encore une fois, que les entraîneurs et les sportifs sont les mêmes êtres humains partout dans le monde&#160;: les pays non démocratiques n&#8217;ont pas le privilège du sadisme et de l&#8217;esprit de sacrifice. Si les Chinois gagnent autant de médailles et sont aussi doués pour les pirouettes, c&#8217;est parce qu&#8217;ils sont très très nombreux, et que nous ne voyons que la crème de la crème. Pour des raisons de proportion, la crème chinoise est plus nombreuse que celle d&#8217;autres pays dans leurs disciplines favorites (hop, je te recase le facteur culturel, l&#8217;art du cirque en Chine ne date pas de Mao).</p> <p>Et là encore, les perceptions sont biaisées. On est mal à l&#8217;aise devant les fillettes en justaucorps ou devant la synchronisation parfaite des figurants de la Cérémonie des JO. Mais devant l&#8217;Opéra de Pékin, on s&#8217;émerveille. Alors que la discipline nécessaire pour arriver à un tel niveau de maîtrise est la même. Et c&#8217;est la même aussi à l&#8217;Opéra de Paris et au Bolchoï. Pour faire sautiller 42 nénettes sur un pied les bras en l&#8217;air en parfaite synchronisation, il faut une méchante discipline, et je vous promets que les petits rats ne rigolent pas (ils ont mal et ils pleurent).</p> <h2>En conclusion</h2> <p>J&#8217;espère que vous avez bien saisi que je parlais des Chinois, là. Les gens. Ce sont eux qui m&#8217;intéressent. Pour ce qui est du gouvernement, j&#8217;espère et je pense que les choses vont s&#8217;apaiser et progresser avec le temps (moi aussi j&#8217;aimerais bien que ça se fasse après-demain par exemple). C&#8217;est une question de rythme. Parce que nous vivons aujourd&#8217;hui sous un régime démocratique (bancal et vérolé, mais c&#8217;est un secret), nous oublions que la démocratie française a mis cent ans à s&#8217;installer, et que son histoire est entrecoupée de périodes peu reluisantes du point de vue des droits de l&#8217;homme. On pense aux prisonniers politiques, mais que faisons-nous des quotas d&#8217;expulsion des sans-papiers et des camps de rétention&#160;? Avons-nous oublié que les patois avaient été interdits en France, les Bretons obligés d&#8217;oublier leur langue&#160;? Qu&#8217;il y a eu la Terreur, trois monarchies, deux empires et un Vichy entre la Révolution et la Cinquième&#160;? Nous sommes prompts à juger selon des critères inapplicables sans même prendre le temps de balayer devant notre porte.</p> <p>Oui, le régime chinois est une dictature. Mais ce que je vois, c&#8217;est que petit à petit, les choses se mettent en place pour rendre cette dictature caduque. Le développement et l&#8217;ouverture de la Chine sont les garants de son évolution politique. Notre propre histoire nous montre que la démocratie s&#8217;acquiert avec le temps, et pas sous les pressions extérieures&#160;: le boycott est totalement contre-productif. Les Chinois sont surtout en train de nous prouver qu&#8217;ils savent ce qu&#8217;ils veulent et qu&#8217;ils sont fichtrement têtus. Faisons-leur confiance pour obtenir ce à quoi ils ont droit, un régime libre et démocratique.</p> <ol class="note"> <li id="unm1">Pour la Russie au siècle dernier, ce n&#8217;est pas une question de nombre, c&#8217;est une question de méthode. <a href="http://histgeo.free.fr/Beriastaline.html">20 millions de morts</a>, entre autres. En dépit de ses efforts, Hu Jintao est très loin du compte, surtout si on compare en ratios plutôt qu&#8217;en termes absolus. Quant aux Américains, c&#8217;est pas le nombre, c&#8217;est le pétrole, c&#8217;est tout.</li> </ol> Sauvons la bière urn:md5:d3f765abac5be8881759fd770b1e8e65 2006-08-01T10:11:00+02:00 2013-04-09T08:51:46+02:00 Mitternacht <p>Mes enfants, <a href="http://web.archive.org/web/20061201160314/www.liberation.fr/actualite/economie/196181.FR.php">l’heure est grave</a>.</p> <p>La consommation de bière est en chute libre et l’industrie est en danger. C’est l’explication de l’apparition de toutes les pseudo-bières et autres jus de fruits pétillants vaguement alcoolisés aux couleurs invraisemblables. Et pourquoi&#160;? Que lis-je&#160;?</p> <blockquote><p>«&#160;La moitié des Français ne boivent presque jamais de bière, les deux tiers chez les femmes&#160;», détaille Michel Haag. A cela s’ajoute l’évolution des goûts vers le plus sucré, qui s’accommode mal de l’amertume des bières blondes traditionnelles.</p> <p>– <em>Libération</em>, 31 juillet 2006</p></blockquote> <p>Tout d’abord, c’est la faute des filles. Ou plus exactement de leur éducation. La bière, c’est pas précisément raffiné comme boisson, et dans les bars un cocktail jaune et bleu c’est quand même plus classe. En outre, depuis la nuit des temps, la femme est supposée manger et boire comme un oiseau, parce que c’est une chose fragile et délicate qui a mal à la tête ou au bidou à rien, donc le principe même de pinte est exclu pour bon nombre de mes consoeurs victimes des stéréotypes de l’inconscient collectif. Voilà - aussi - pourquoi on vend autant de yahourt 0% dans ce beau pays (quoique ça pourrait faire l’objet d’un post à part entière). Mesdemoiselles, mesdames, ressaisissez-vous&#160;! Y a autre chose que la Despé au rayon bière, comme par exemple des tas de blondes qui n’écoeurent pas au bout du deuxième tiers de la première bouteille&#160;!</p> <p>Deuxième chose&#160;: cette civilisation s’ammolit dangereusement. La bière blonde, trop amère&#160;? Lo po compritte. La brune, je conçois qu’on puisse trouver ça un peu rough. Mais la blonde&#160;? C’est doux, frais, léger, désaltérant, quand il fait chaud c’est un bonheur&#160;! Mais non, on cherche le goût du sucre, on veut des bières Haribo. Alors, oui, c’est sympa les bonbons, mais admettez que le sucre c’est le goût qui a le potentiel d’écoeurement le plus élevé, bien avant le gras. L’amertume, si elle est subtile, est loin derrière dans ce palmarès. Il faut croire que passer son adolescence à se ruiner l’estomac à coup de coca (ce qui permet également de prendre pas mal de points-diabète d’avance) déforme complètement le goût.</p> <p>Mais dans le fond tout cela n’est qu’une question d’image. La bière, élevée au rang d’élixir divin dans certaines communautés, reste, pour une certaine - et grosse - partie de la population, trop peu tendance pour trouver sa place dans les soirées. Ainsi, des tas de gens ont le sentiment que s’ils ont passé une plombe à reproduire l’effet wet-look de la pub ou à assortir leurs chaussures à leur ombre à paupières, ils méritent de boire des trucs au fini aussi chiadé que le leur. D’autres encore sont convaincus que pour arroser leur pic-nic sur le thème picorage à l’italienne 100% commerce équitable en parlant du dernier film qu’ils ont vu au mk2 local, on ne peut ouvrir qu’une bouteille de vin rouge d’un petit exploitant inconnu mais remarquable.</p> <p>C’est oublier le caractère puissamment démocratique de la bière, qui reste grosso modo la boisson alcoolisée la moins chère au litre, délie les langues en douceur et garde un taux d’alcool très gérable. On ne radine pas la bière, au contraire, c’est une jolie façon d’accueillir un ami qui vous rend une visite surprise, de remonter le moral à un collègue déprimé ou de fêter dans l’abondance un événement heureux. La bière est humble, elle n’exige pas des gens qui la boivent de faire semblant de s’y connaître et de déblatérer des heures sur son bouquet. La bière s’efface devant la raison de la fête, quand le cocktail 4cl au prix prohibitif vous oblige à en apprécier chaque gorgée. La bière ne vous demande pas d’être riche, bien sapé ou oenologue. La bière se fout de votre classe sociale. La bière vous aime.</p>